Pour le sociologue Jean-Claude Kaufmann, faire chambre à part peut être un moyen de sauver le couple.
Pour le sociologue Jean-Claude Kaufmann, faire chambre à part peut être un moyen de sauver le couple. - WIDMANN/TPH/SIPA

Quel bonheur de se blottir à deux sous la couette. Un bonheur? Pas pour tout le monde, si l’on en croit quelques-uns des 200 témoignages recueillis par le sociologue Jean-Claude Kaufmann dans Un lit pour deux. La tendre guerre* (JC Lattès). Ronfleurs, gigoteurs et autres tireurs de couette peuvent transformer nos rendez-vous avec Morphée en véritable cauchemar. Si certains s’en accommodent, d’autres décident carrément de faire chambre à part.

Faire chambre à part, ça veut dire que le couple va mal?

Une minorité de personnes optent pour des chambres séparées lorsque leur couple va moins bien, que les deux partenaires s’agacent, s’exaspèrent l’un l’autre, et décident à ce moment-là, de prendre un peu de distance.

Mais dans la plupart des cas, dans ce petit théâtre du lit, les choses sont beaucoup plus simples, il y a celui qui tient le rôle du bon dormeur et celui du petit dormeur. Et lorsque ce dernier voit son sommeil perturbé par celui qui dort comme un bébé, cela peut susciter jalousie et tensions. Dans les témoignages que j’ai reçus, des couples expliquent que faire chambre à part, c’était pour eux le moyen de sauver leur couple.

Est-ce encore tabou?

C’est un sujet très difficile à mettre sur le tapis au sein même de son couple, et c’est très dur aussi d’en parler à son entourage. Tout de suite, ça jette un froid, on peut voir les gens échanger des petits regards en coin, en pensant «ça y est, leur couple est mort», parce que le lit est perçu comme le sacro-saint espace du couple.

Tant que les choses n’en restent qu’au stade de «la petite escapade nocturne», qui consiste pour l’un des partenaires soit à dormir quelques heures sur le canapé ou à se coucher plus tôt que l’autre avant que les deux se retrouvent dans le lit conjugal, ça passe. Même le fait qu'un couple vive dans des appartements séparés est mieux perçu que lorsqu'il avoue faire chambre à part!

Le couple d'aujourd'hui est-il différent?

Aujourd'hui, on a besoin même en couple d'avoir des moments pour soi, de réaffirmer son individualité. Chacun veille à son propre bien-être, dont le sommeil est une composante essentielle. L'endormissement est un moment clé, il faut se relâcher, ne pas éprouver de gêne, et là le conjoint peut poser problème. Mais avant d'en arriver au stade de la chambre séparée, il y a tout un arsenal d'étapes intermédiaires. Ça va des bouchons d'oreilles à un lit plus grand ou encore de faire couette à part, «enroulés comme des nems».

Comment les couples qui vont bien et qui ont fait ce choix arrivent-ils à conserver leur intimité?

Ne plus dormir ensemble peut aussi avoir ses bienfaits. Certains couples ont expliqué que cela les avait obligés à se réinventer, à redynamiser leur relation et casser leur routine sexuelle. Ils ont réappris à se préparer à la rencontre. Des couples unis depuis très longtemps ont eu l’impression de revivre la jeunesse des premiers moments.

Ne plus dormir ensemble peut tout à fait bien se passer si cette séparation physique est accompagnée de rituels de rencontres. Une femme a confié adorer que son mari vienne la border tous les soirs. D’autres ont décidé de passer trois nuits séparés et quatre ensemble par semaine. Tout est possible, chaque couple invente l’alchimie qui lui correspond entre moments en solo ou ensemble.

Vous arrive-t-il de faire chambre à part avec votre conjoint? Pourquoi? Témoignez via contribution@20minutes.fr

* Un lit pour deux. Une tendre guerre (JC Lattès), à paraître le 14 janvier.

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