La psychanalyste, Claude Halmos.
La psychanalyste, Claude Halmos. - Serge Picard

Une minute de silence a été observée ce jeudi dans les écoles en hommage aux victimes de la tuerie de Charlie Hebdo. Mais il est difficile pour les adultes de savoir comment aborder le sujet avec les enfants. La psychanalyste, Claude Halmos, donne quelques clés.

Les parents doivent-ils revenir sur la tragédie qui s’est déroulée dans les locaux de Charlie Hebdo avec leurs enfants, même s’ils sont petits?

Oui, car aujourd’hui, avant la minute de silence, on va leur parler de ce qui s’est passé. Dans la cour de l’école, ils en discuteront sûrement ensemble et certains d’eux ont pu aussi voir des images de ce drame. Le sujet ne doit donc pas être tabou et il faut en parler aux enfants et répondre à leurs questions. Les parents doivent d’abord les interroger  pour savoir ce qu’ils savent de la tragédie et pourquoi ils pensent que c’est arrivé. Car les plus petits peuvent fantasmer sur des événements qui n’ont rien à voir avec cette tragédie. S’ils ont vu des images des suspects, il faut leur faire dessiner ce qu’ils ont perçu. Il faut ensuite leur dire que des personnes ont tué des journalistes qui défendaient la liberté. En leur expliquant que certaines personnes ne supportent pas que l’on ne pense pas la même chose qu’elles.

Le discours doit-il être différent avec les adolescents?

On peut leur parler de l’histoire, de la Shoah, du génocide rwandais. En expliquant que la barbarie a toujours existé. Et à quel point il faut défendre la démocratie et la liberté de penser. Ce drame doit aussi être un moment d’instruction civique.

Faut-il essayer garder une certaine distance par rapport à l’événement ou peut-on en parler avec émotion?

Les parents doivent s’exprimer avec leurs mots et n’ont pas à craindre l’émotion. C’est parce qu’on va pleurer que l’enfant va comprendre que cette tragédie est inhumaine. Il faut lui montrer que la majorité des Français ne sont pas d’accord avec les terroristes et à quel point ils se mobilisent pour qu’une telle tragédie ne recommence pas.

Comment éviter que les enfants musulmans se sentent stigmatisés?

Il faut leur expliquer que ces terroristes dévoient leur religion. Et que chaque religion a ses fanatiques. Ce n’est pas l’apanage de l’islam.

Faut-il aller aux manifestations en hommage aux victimes avec les enfants ce week-end?

On peut faire un bout de manifestation avec eux ou, au moins, leur montrer la mobilisation à la télévision. Cela leur permettra d’exprimer leur solidarité, ce qui a du sens. Il faut néanmoins faire attention aux plus petits car des débordements peuvent parfois avoir lieu lors de manifestations.

Comment faire en sorte que les enfants ne soient pas effrayés par la menace terroriste?

On ne peut pas éviter qu’ils aient peur, car nous avons peur nous-même. Il faut d’abord les écouter et leur dire que la police est mobilisée pour que ce type d’événement ne se renouvelle pas.

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