Le 7 janvier 2015, le satirique Charlie Hebdo subit une attaque terroriste. La vue de la rue Nicolas Appert. Au numéro 10 se trouve les locaux de Charlie Hebdo.
Le 7 janvier 2015, le satirique Charlie Hebdo subit une attaque terroriste. La vue de la rue Nicolas Appert. Au numéro 10 se trouve les locaux de Charlie Hebdo. - Maud Pierron/20 Minutes

Au lendemain de l’attaque de Charlie Hebdo, Dounia Bouzar, directrice du Centre de prévention dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), qui vient en aide aux familles dont un enfant est attiré par l’islam radical, craint que des cellules dormantes, mais aussi des déséquilibrés, des personnes radicalisées, ou encore des fascistes, ne passent à leur tour à l’acte.

Après l’attaque de Charlie Hebdo mercredi, une fusillade Porte de Châtillon ce jeudi. Est-on entré dans un cycle de violence?

La situation est aujourd’hui très compliquée. Nous sommes clairement entrés dans un cycle d’angoisse, notamment car l’attaque de mercredi n’était pas juste un combat ou des meurtres. C’étaient des meurtres à la Daesh, où l’ennemi n’est pas considéré comme un être humain. On n’est pas considérés comme des humains par ces gens-là. Au-delà de l’horreur du deuil et de la mort, c’est cela qui nous transit d’angoisse.

L’attaque de Charlie Hebdo peut-elle provoquer d’autres passages à l’acte?

Le problème aujourd’hui c’est qu’après cet acte terroriste barbare, tous les déséquilibrés se sentent tout-puissants, en mission. L’attaque de mercredi est clairement l’œuvre d’une filière organisée, avec des gens froids, préparés, qui ont attendu qu’on baisse la garde pour frapper Charlie Hebdo, alors que le débat tournait dernièrement autour de Houellebecq et de son livre. Ils ont pensé la chose, effectué des filatures, attendu la réunion de rédaction, tiré à bout portant… et réussi à fuir. Et il y a maintenant un risque de voir de petites cellules dormantes se réveiller, mais aussi de voir des déséquilibrés se mettre eux aussi à attaquer des gens et à tuer, sans compter les fascistes qui pourraient avoir envie d’attaquer tout ce qui ressemble à l’idée qu’ils se font d’un musulman

A-t-on les moyens, aujourd’hui, de les arrêter?

Je compte sur nos forces de police, qui sont entraînées, et sur les forces politiques et démocratiques pour faire au mieux. Du côté de la prévention, ce qui est inquiétant, c’est qu’ils arrivent désormais à faire basculer dans leur idéologie et dans leur haine des gens qui ne sont pas fichés, qui ne sont repérés que quand ils passent à l’acte. C’est l’horreur en termes de prévention: ceux qui basculent sont des gens très différents, et plus seulement des jeunes en difficulté sociale ou familiale. Habituellement, nous avons au CPDSI environ une famille par jour, y compris des familles qui ne sont pas musulmanes, qui nous appelle, inquiète pour être appuyée. Depuis hier soir, nous avons reçu une dizaine d’appels.

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