Les stéréotypes sexistes dans le monde du jouet sont dans le viseur des sénateurs.
Les stéréotypes sexistes dans le monde du jouet sont dans le viseur des sénateurs. - E.Glazar/AP/SIPA

Cette année encore, sous le sapin, des millions de petites filles recevront des poupées et des dînettes, pendant que les petits garçons déballeront des jeux de construction et des kits d'apprenti scientifique. A quelques jours de Noël, les stéréotypes de genre véhiculés par le monde du jouet sont dans le collimateur des parlementaires, évoqués par un rapport de la délégation sénatoriale aux droits des femmes publié ce jeudi. Nicole Prieur, psychothérapeute et auteur de Grandir avec les enfants (Ed. Atelier des parents), décrypte pour 20 Minutes les effets de ces jouets sexistes.

Les jouets destinés aux garçons ou aux filles ont-ils des conséquences sur le développement psychique des enfants et leur construction?

C’est évident: on offre aux petites filles des jouets qui sont de l’ordre de la séduction et du domestique, et les petits garçons reçoivent des jeux d'action et de stratégie. Ce formatage dès la plus tendre enfance a des répercussions en termes de développement de soi. Les champs du psychique et de l'imaginaire s’en retrouvent considérablement restreints et plus encore, le champ identitaire et les projections de l’enfant dans l’avenir sont limités. Placer l’enfant dans un cadre ultra genré bride son imaginaire et ses projections dans l’avenir. Or il faut décloisonner ces catégories sexuées, ouvrir le champ des possibles à sa réalisation, sous peine de limiter l'accomplissement identitaire et professionnel de l'enfant par la suite. Les parents ont souvent du mal à concevoir qu’une petite fille puisse aimer jouer avec un camion, devenir plus tard pilote de chasse, mère et féminine.

Qui joue un rôle dans la déconstruction de ces rôles genrés?

Heureusement, ce formatage est éclaté successivement dans différentes sphères: à l’école, où les enfants s’ouvrent à d’autres activités, ou encore au contact d'autres enfants de leurs familles. Par ailleurs, les pères sont aujourd’hui des acteurs importants dans la lutte contre les stéréotypes genrés. Plus impliqués dans leur rôle que la génération précédente, ils ébranlent le schéma traditionnel. Eux-mêmes ne se sentent plus émasculés ou amoindris dans leur virilité parce qu’ils donnent le bain aux enfants ou font la cuisine. Ils offrent aujourd’hui à leurs enfants de nouveaux modèles auxquels ceux-ci peuvent s’identifier, et permettent notamment de faire évoluer la répartition très sexuée des rôles au sein de la famille.

A quelles craintes des parents les jouets genrés de leurs enfants répondent-ils?

Chez certains parents, il y a un effet miroir, leurs enfants les renvoient à leur propre image, ce qu'ils renvoient en tant qu'homme ou femme. Pour d'autres, cela révèle une inquiétude quant à la future identité sexuelle de leurs enfants. Aujourd’hui encore, des patients confient leur crainte lorsqu’ils ont un fils sensible, calme ou qui aime jouer à la poupée, anticipant par extrapolation sur sa possible homosexualité. Animés par cette peur, certains vont renforcer ce cadre très genré, ce qui est d'une grande inutilité puisque cela n'a rien à voir.

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