Une classe de primaire, illustration.
Une classe de primaire, illustration. - PHILIPPE HUGUEN/ AFP

Comment trouver les mots pour parler de la Shoah? C’est justement l’une des problématiques abordées par le film Les Héritiers, qui sort ce mercredi dans les salles de cinéma et qui montre comment une enseignante a réussi à intéresser des lycéens de Créteil à cette période de l’Histoire. L’occasion pour 20 minutes d’interroger Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah, qui organise depuis 2001 des formations pour aider les enseignants à délivrer leurs messages sur le sujet.

Quelles sont les principales difficultés des enseignants lorsqu’ils enseignent la Shoah aujourd’hui?

Elle est enseignée à la fois en CM2, au collège et au lycée. C’est souvent un exercice délicat pour les enseignants. Car l’actualité du conflit israélo-palestinien vient souvent se heurter à cet enseignement. Certains élèves tiennent des propos agressifs, d’autres contestent le fait que l’on aborde le sujet ou ne viennent pas en classe les jours où ces cours sont donnés. La concurrence des mémoires revient aussi souvent sur la table. Certains élèves demandent pourquoi l’on aborde le génocide des juifs et pas le génocide rwandais par exemple. C’est d’ailleurs la thèse défendue par Dieudonné et qui totalement erronée puisque le génocide arménien est aussi au programme de l’Education nationale.

Comment réagissent les enseignants face à ces attitudes réfractaires?

Ils ne savent pas toujours quoi répondre. Par ailleurs, ils s’interrogent sur la manière d’aborder cette période de l’Histoire si dense.

Quels conseils les formateurs du Mémorial de la Shoah leur dispensent-ils?

Nous leur donnons tout d’abord les moyens de répondre aux élèves et d’expliquer qu’il n’y a pas de concurrence des mémoires. Il faut les convaincre que l’Histoire est avant tout universelle. Nous leur conseillons aussi de faire de la Shoah un sujet d’Histoire à part entière, sans insister trop lourdement sur ce qui relève de l’émotion. Il est aussi essentiel de replacer le sujet dans un contexte européen et de reprendre la chronologie des événements afin de démontrer l’aboutissement du processus d’exclusion. Enfin, il ne faut pas hésiter à en faire un enseignement différent, en s’appuyant sur un film, un livre, une exposition ou le témoignage d’un survivant comme entrée en matière. Ce type d’approche permet de faire du cours, un sujet de réflexion et amène la prise de paroles des élèves.

Quel peut être l’impact d’un cours sur la Shoah sur les élèves s’il est bien mené ?

Il y a un avant et un après. Les élèves mûrissent et certains a priori tombent. Car lorsqu’on aborde l’histoire des juifs, on en vient forcément à parler de l’antisémitisme aujourd’hui. Donc parler de la Shoah contribue à lutter contre le racisme et l’antisémitisme.

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