La justice a tranché: le petit Célestin restera auprès de la famille dans laquelle il avait été placé en vue de son adoption. Le père biologique de l’enfant de 18 mois, Yoan Delorme, réclame la restitution de son fils né sous X, qu’il n’a jamais vu, abandonné par sa mère à la naissance alors qu’il se trouvait en prison et n’avait pas connaissance de la grossesse de son ex-compagne. Alors qu’en première instance, les juges lui avaient donné la garde de son enfant, le conseil général de Loire-Atlantique avait fait appel de la décision. Malgré les réquisitions du parquet, qui demandait la restitution de l’enfant à son père biologique, la cour d’appel de Rennes a décidé de laisser le garçonnet à sa nouvelle famille. Pierre Lévy-Soussan, psychiatre et auteur de Destins de l’adoption (Fayard), analyse pour 20 Minutes les dessous de cette affaire au regard de l’intérêt de l’enfant.

 

La décision de la cour d’appel de laisser Célestin auprès de sa famille adoptante est-elle la bonne?

Absolument! C’est, enfin, une décision qui considère avant tout l’intérêt supérieur de l’enfant et son développement psychique, et qui ne le traumatise pas en le privant de ceux qui sont devenus son père et sa mère. Célestin est entouré de ses deux parents depuis son plus jeune âge, il s’est construit auprès d’eux. Le lien biologique que met en avant Yoan Delorme ne suffit pas à mettre en péril le lien familial qui entoure cet enfant.

Pour autant, le lien biologique n’est pas nié, les parents adoptifs n’ont pas l’intention de cacher ses origines à leur enfant. Simplement, il sera présent sous la forme d’une place originaire dans l’histoire de ce petit garçon, et non d’un rôle actif de père dans sa vie quotidienne.

Célestin, âgé de 18 mois, est placé depuis un peu plus d’un an dans cette famille en vue d’être adopté. Quelle conséquence une restitution à son père biologique pourrait avoir pour lui?

Ce serait dramatique. Un enfant ne peut comprendre une décision que si elle fait sens pour lui. Et il est difficilement concevable que le fait d’arracher ce petit garçon à sa famille, à son environnement et à tous ses repères puisse avoir du sens pour lui. On ne peut pas faire n’importe quoi avec un enfant, son intérêt doit primer.

A cet âge-là, l’enfant s’est totalement familiarisé avec les proches qui l’entourent, avec cet homme et cette femme qu’il appelle «papa» et «maman». S’il était restitué à un homme qu’il n’a jamais vu simplement en raison d’un lien biologique, cela s’apparenterait à une disparition hémorragique de ses parents. Ce serait pire qu’un deuil.

Plus tard, s’il reste avec ses parents adoptifs en sachant que son père biologique voulait le récupérer, n’y a-t-il pas de risques que l’enfant soit perturbé?

Un enfant ne sait pas ce que c’est qu’un «père biologique», mais il sait maintenant ce que sont un papa et une maman. Ce qui peut perturber un enfant adopté n’est pas une histoire complexe si elle a du sens. En s’acharnant à vouloir arracher Célestin à ceux qu’il a construit comme ses père et mère, Yoan Delorme met en péril les repères les plus importants de la vie psychique de ce petit garçon et sa juste place dans le passé de l’enfant.

Ce qui est constructeur pour l'enfant, c’est le cadre offert par ses parents adoptifs, qui se sont engagés à être ses parents de toujours, lui qui a été abandonné à la naissance. Encore une fois, seul l’intérêt de l’enfant doit primer. C’est le jugement de Salomon, il n’y a pas de solution intermédiaire.

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