«Moi manger caca»: Prison ferme pour un couple jugé pour maltraitance sur ses enfants

JUSTICE Le couple a écopé de deux ans d'emprisonnement, dont dix mois ferme, pour avoir fait subir des sévices «d'un autre temps» à ses enfants...

M.B. avec AFP

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Illustration palais de justice, Tribunal de Lyon, le 15 novembre 2012. CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES

Illustration palais de justice, Tribunal de Lyon, le 15 novembre 2012. CYRIL VILLEMAIN/20 MINUTES — C. VILLEMAIN/20 MINUTES

«Papa m'a mis une tarte», «moi manger caca». Un couple a été condamné lundi par le tribunal correctionnel de Meaux (Seine-et-Marne) à deux ans d'emprisonnement, dont dix mois ferme, pour avoir fait subir des sévices «d'un autre temps» à ses enfants.

Poursuivis pour «violences, avec et sans incapacité, sur mineurs de moins de 15 ans par ascendant», les prévenus âgés de 31 et 41 ans ont également écopé d'une obligation de soin et d'une interdiction de voir les deux garçonnets concernés, sauf décision contraire d'un juge des enfants, pendant trois ans.

Des punitions quasi quotidiennes

L'enquête concernant ce couple, dont tous les enfants sont aujourd'hui placés par les services sociaux (quatre ensemble, huit au total), avait démarré au mois de mai suite à plusieurs signalements. Elle a révélé qu'entre les mois de janvier et mai 2014, alors que le couple bénéficiait d'un droit de garde, il avait fait subir à deux de ses petits garçons, âgés de 3 ans et 4 ans et demi, des punitions quasi quotidiennes telles que des fessées, de longs moments passés à genoux sur un manche à balai les bras tendus ou encore une alternance de douches chaudes et froides.

En outre, dans la nuit du 24 au 25 avril, l'un d'eux avait été obligé de manger ses excréments car il n'était «pas propre». «J'étais enceinte, je ne pouvais pas bouger. J'ai demandé à Monsieur de le punir car il avait fait sur lui», a reconnu la mère, en sanglots, se remémorant que l'enfant était «arrivé avec du caca autour de la bouche».

«On a été dépassés, on avait du mal à les canaliser»

Visages marqués par la vie, paraissant bien plus que leur âge, les deux prévenus, qui vivent dans une certaine précarité à Coulommiers, ont un lourd passé. Lui, souffre d'un «retard mental moyen» diagnostiqué dès sa naissance et a été battu par son père. Elle, a été placée peu de temps après sa naissance et souffre de dépression. «On a été dépassés, on avait du mal à les canaliser», a regretté le mari.

Faisant valoir que ce genre de dossier était «inédit», Me Charlotte Estienne, avocate du Conseil général de Seine-et-Marne, administrateur ad hoc des enfants, a raconté qu'ils avaient eux-mêmes relaté «dans leurs mots»: «papa m'a mis une tarte» ou encore «moi manger caca».

«Ce genre de maltraitance remonte à un autre temps»

«Il y a la violence physique mais aussi la violence morale. On a l'impression que leurs moindres faits et gestes étaient soumis à punition. Ce genre de maltraitance remonte à un autre temps, lointain», a-t-elle déclaré, décrivant des enfants «sous le choc».

Qualifiant les parents de «bourreaux», la représentante du ministère public a de son côté fait valoir que les petits étaient traités «moins bien que des animaux» et réclamé une peine de deux ans d'emprisonnement, dont la moitié avec sursis. Disant aimer leurs enfants et reconnaissant un comportement «inadapté», ils ont souhaité en récupérer «un jour» la garde ou «au moins un droit de visite régulier pour se retrouver progressivement».

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