Une militante islamophobe et le site Boulevard Voltaire ont été condamnés pour provocation à la haine

JUSTICE Le tribunal a prononcé une peine consistant en une amende de 1.000 euros dont la moitié avec sursis contre chacun des protagonistes...

20 Minutes avec AFP

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Christine Tasin, présidente de "Résistance républicaine", le 16 septembre 2010 à Dijon

Christine Tasin, présidente de "Résistance républicaine", le 16 septembre 2010 à Dijon — Jeff Pachoud AFP

La militante islamophobe Christine Tasin et le directeur de la publication du site internet Boulevard Voltaire, Benjamin Jamet, ont été condamnés mardi chacun à 1.000 euros d'amende, dont la moitié avec sursis, pour provocation à la haine envers les musulmans.

Il s'agit de la première condamnation du site fondé par Jamet - qui avait commencé sa carrière en écrivant dans la revue Combat, issue de la Résistance -, et Robert Ménard, élu maire de Béziers (Hérault) avec le soutien du Front national. Le texte litigieux, contre lequel le parquet de Paris avait lancé les poursuites, a été rédigé par Tasin, à la tête du mouvement d'extrême droite «Résistance républicaine», et publié le 1er mai 2013 sur Boulevard Voltaire.

Tasin imaginait qu'une loi interdisant l'islam était votée et prédisait «émeutes et même menaces terroristes». Le tribunal a condamné l'un des trois passages poursuivis, le deuxième, qui évoquait cette thèse sur une interdiction de l'islam, dont les fidèles devraient selon elle abdiquer leur religion ou la pratiquer de manière privée sous peine de devoir quitter le territoire national.

«Une opinion sur l'islam extrêmement négative»

Les juges de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris ont estimé que l'auteur «incite de manière manifeste et intentionnelle, même dans le contexte d'une fiction politique, à la discrimination et à la haine contre l'ensemble des musulmans».

S'agissant du premier passage, qui émet «une opinion sur l'islam extrêmement négative», cette religion y étant décrite comme «dangereuse», le tribunal a estimé qu'il s'agissait d'un jugement de valeur qui ne constitue toutefois pas l'infraction.

Pour le troisième passage, qui imaginait que l'armée serait «dépêchée à chaque menace» et n'hésiterait «pas à tirer dans le tas», le tribunal a estimé que si ce paragraphe peut «apparaître particulièrement choquant», il ne fait référence qu'à «quelques extrémistes» et non aux musulmans en général.

«Oui je suis islamophobe et alors? La haine de l'islam j'en suis fière»

Christine Tasin a fait appel, selon son avocat Frédéric Pichon. Celui de Jamet, Gilles-William Goldnadel, a quant à lui déclaré qu'il conseillerait à son client de ne pas faire appel, compte tenu de la «modicité» de la peine et du fait que la constitution de partie civile de la Ligue des droits de l'Homme a été déclarée irrecevable.

Le tribunal a considéré que l'association ne justifiait pas qu'elle a pour objet de lutter contre le racisme dans ses statuts depuis au moins cinq ans. Lors de l'audience, Christine Tasin, retraitée de l'Education nationale, s'était étonnée d'être poursuivie. «Censurer ou punir n'est pas répondre, et publier n'est pas cautionner», avait quant à lui déclaré Benjamin Jamet.

Christine Tasin, qui se revendique islamophobe, a été condamnée en août à Belfort à 3.000 euros d'amende, dont la moitié avec sursis, pour des propos devant un abattoir mobile installé pour le sacrifice rituel de l'Aïd el-Kébir en octobre 2013. «Oui je suis islamophobe et alors? La haine de l'islam j'en suis fière. L'islam est une saloperie (...), c'est un danger pour la France», avait-elle déclaré. Elle a fait appel.

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