Photo publiée par BFM TV et montrant Abu Abdallah al-Faransi, un Français soupçonné d'être impliqué dans la décapitation de Peter Kassig.
Photo publiée par BFM TV et montrant Abu Abdallah al-Faransi, un Français soupçonné d'être impliqué dans la décapitation de Peter Kassig. - BFM TV

C’est dans une petite ville normande de 3.000 habitants que Maxime Hauchard a grandi. C’est aussi là, à Bosc-Roger-en-Roumois (Eure) qu’il s’est converti à l’islam puis radicalisé. Bien avant de devenir le premier bourreau Français médiatisé par l’organisation de l’Etat islamique (EI) [également connue sous l'acronyme «Daesh»]. Dans une vidéo publiée dimanche, où l’on voit les restes du corps de l’otage américain Peter Kassig, des combattants de l’EI sont montrés en train d’exécuter au moins 18 hommes présentés comme des soldats syriens.

Entrée du Bosc-Roger-en-Roumois.  - Charly Triballeau AFP

 

L’un d’entre eux, Maxime Hauchard, a été authentifié de façon formelle par les services de renseignement. Né en 1992, il se convertit à la religion musulmane à l’âge de 17 ans. Comme de nombreux apprentis djihadistes, il s’auto-radicalise au contact d’Internet et de forums faisant l’apologie du terrorisme. En octobre 2012 et en mai 2013, il effectue un séjour en Mauritanie où il prend des cours dans une école coranique et se révolte contre l’occupation française au Mali. A son retour de Nouakchott, il affirme avoir été «déçu» par cet enseignement, «pas assez radical» à ses yeux, a rapporté ce lundi à la presse François Molins, le procureur de la République de Paris.

En août 2013; il part seul en Syrie, sous couvert d’action humanitaire, avant d’être pris en charge pour participer à des opérations de contrôles et de sécurité. Il se fait alors appeler Abou Abdallah al Faransi [«Le Français», en arabe].

Issu d’une famille catholique

Le profil type du djihadiste Français n’existe pas. Mais le parcours de Maxime Hauchard est celui le plus redouté par les services de renseignement. Radicalisé dans sa chambre, secrètement, en zone périurbaine de Rouen, la nouvelle figure française emblématique de Daesh a construit son identité de terroriste en loup solitaire. Le jeune homme avait une attitude irréprochable, selon ses proches, mis à part une amende de 300 euros pour un délit de fuite en 2012. «Il tondait le gazon, coupait le bois. Quand il faisait un peu la fête avec ses copains, derrière la maison, tout se passait toujours bien, a raconté à l’AFP René, le voisin de la maison des parents de Maxime.

Issu d’une famille aux racines catholiques, il avait créé en 2010 une société de vente de pièces détachées. Dans une interview accordée à BFM TV, il avait affirmé mi-juillet s’être radicalisé seul et vouloir mourir en martyr, les armes à la main. Dans cet entretien réalisé via Skype, Maxime Hauchard expliquait s’être rendu en Syrie depuis Paris via Istanbul, sans «se cacher». C’est pour répondre à ce type de profils que la Place Beauvau a voulu inscrire dans la nouvelle loi antiterroriste l’incrimination «d'entreprise terroriste individuelle», punie de dix ans de prison et de 150.000 euros d'amendes.

Outil de propagande

Bien qu’auto-radicalisé, Maxime Hauchard était connu des services de renseignements pour sa fréquentation du milieu salafiste rouennais. Une de ses connaissances a d’ailleurs été mise en examen la semaine dernière pour association de malfaiteurs. «Leur parcours n’est pas un cas isolé», a rappelé le procureur de la République qui évoque un phénomène d’une «ampleur inédite». En tout, 1.132 Français sont impliqués dans les filières syriennes ou irakiennes. Et 76 d’entre eux sont déjà détenus.

En médiatisant un jeune homme, a priori sans histoire, Daesh signe un double coup de force. «Leur faire faire ce genre d’horreur est à la fois un test -vont-ils en être capables?- et vise à les fidéliser au sein du groupe», a commenté auprès de l’AFP un haut responsable français de la lutte antiterroriste. «Une fois qu’ils sont apparus commettant ce genre d’acte à visage découvert, il n’y a plus de retour en arrière possible. C’est une façon de les prendre eux aussi en otage.» Le Normand, transformé en outil de propagande terroriste, est désormais poursuivi pour assassinat en bande organisée.

Mots-clés :