Paris le 09 mai 2012. Dispositif policier autour du proces de Antonio Ferrara juge en appel a Paris au TGI palais de justice de Paris pour un braquage a Joinville en 1999. Gendarmerie. Forces de police. Salle des pas perdus. Illustration cour d'assises.
Paris le 09 mai 2012. Dispositif policier autour du proces de Antonio Ferrara juge en appel a Paris au TGI palais de justice de Paris pour un braquage a Joinville en 1999. Gendarmerie. Forces de police. Salle des pas perdus. Illustration cour d'assises. - A. GELEBART / 20 MINUTES

Dix ans de prison. Le verdict est tombé comme un couperet pour Jacqueline Sauvage, jugée coupable d’avoir tué l’homme qui lui a fait vivre l’enfer pendant quarante-sept ans, a violé leurs filles et battu leur fils. Un fils qui s’était ôté la vie la veille du jour où sa mère a abattu cet homme décrit comme «alcoolique et tyrannique».

Un verdict qui suscite l’incompréhension

«Je ne m’attendais pas du tout à ce genre de verdict. Je pensais qu’elle allait avoir quelque chose mais à ce point-là j’ai trouvé ça écœurant», a déclaré Carole Marot, l’une des filles de Jacqueline Sauvage. «J’ai l’impression que nous sommes incomprises, ma mère, mes sœurs et moi. Il m’a violée», témoigne sa sœur Fabienne, qui a déclaré à l’annonce du verdict: «Notre père est mort et pour moi c’est un soulagement».

«On est abasourdi par ce verdict, lourd et grave au regard de l’horreur qu’ont vécue cette femme et ses enfants, déplore-t-on à l’association Osez le féminisme. C’est d’autant plus paradoxal que les hommes violents qui tuent leur femme n’écopent généralement pas de peines aussi lourdes».

«Elle a subi quarante-sept ans de violences, elle a assez payé», confie au Parisien Alexandra Lange, acquitté en 2012 pour le meurtre de son mari violent. La jeune femme estime que «ces femmes [victimes de violences conjugales] ne peuvent pas être jugées de la même manière qu’un type qui a braqué une banque».

Le mauvais message

«Ce verdict me dérange dans la mesure où un crime a certes été commis, mais dont Jacqueline Sauvage n’est pas responsable», estime Me Janine Bonaggiunta, qui a obtenu l’acquittement d’Alexandra Lange. Pour l’avocate spécialisée dans l’aide aux victimes de violences conjugales, il s’agit d’un «acte de légitime défense», en réponse «aux attaques permanentes qu’elles et ses enfants ont subies pendant des années».

L’avocate s’inquiète de l’interprétation qui peut être tirée de ce verdict, craignant qu’il n’envoie le «mauvais message». «La plupart des maris violents ne sont condamnés qu’à des peines légères, une amende ou de l’emprisonnement avec sursis. Ce verdict lourd et disproportionné à l’encontre de Jacqueline Sauvage leur envoie un message d’impunité, et mure un peu plus les femmes dans la peur et le silence», poursuit-elle, estimant que «les femmes victimes de violences conjugales ne sont aujourd'hui pas assez protégées».

Condamnée pour meurtre par la Cour d’assises du Loiret à dix ans de réclusion criminelle, Jacqueline Sauvage a d'ores et déjà fait appel.

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