Témoin d’une agression sexuelle: Cinq réflexes pour éviter le pire

SOCIETE Irene Zeilinger, directrice de l’association Garance, spécialisée dans la prévention des violences basées sur le genre, livre ses conseils pour aider efficacement les victimes…

Claire Planchard

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Extrait du court-métrage «Je suis à l'heure» d'Isabelle Quintard et Fabien Motte, en compétition pour le 5e Nikon Film Festival.

Extrait du court-métrage «Je suis à l'heure» d'Isabelle Quintard et Fabien Motte, en compétition pour le 5e Nikon Film Festival. — DR

Un homme assiste à un viol dans le métro mais fait semblant de ne rien entendre pour ne pas être en retard à son entretien d’embauche. C’est le scénario choc d’un court-métrage en lice pour le prochain Nikon Film Festival qui affiche déjà plus de 400.000 vues au compteur depuis le 15 octobre. Un succès qui relance la polémique sur le manque de courage civique dans une société individualiste. Pourtant, «plus que par lâcheté, c’est bien souvent parce qu’ils ne savent pas quoi faire que les témoins d’agressions sexuelles ne bougent pas», observe Irene Zeilinger, directrice de l’association Garance et auteur d’un petit manuel d’autodéfense intitulé Non c’est non (Editions zones). Voici donc cinq choses que le cadre sup de ce court-métrage aurait pu faire pour aider la victime.

Se sentir responsable. «Le gars n’est pas seul et d’autres gens sont au courant de l'agression, mais personne n’ose intervenir individuellement. C’est une situation que l’on voit très souvent: dans la foule anonyme, chacun attend que l’autre agisse. On peut casser cette inertie en rendant les gens personnellement responsables, en les interpellant ("Vous, là, avec le pull rouge!"), en allant leur parler pour dire qu'il faut faire quelque chose. Cela marche mieux si on donne des idées concrètes de ce qu'ils pourraient faire», explique la directrice de Garance.

Appeler les secours. «Même s’il n’avait pas le courage d’intervenir physiquement, c’est le minimum qu’il pouvait faire», note Irene Zeilinger. «Ce n’est pas grand-chose, mais si on ne le fait pas on va au-devant de gros ennuis judiciaires car il y a non-assistance à personne en danger».

Faire bloc. «Si on n’ose pas intervenir seul, la première chose à faire est de rameuter les autres: face à un agresseur, deux ou trois personnes suffisent à interrompre une agression», observe Irene Zeilinger. «Pour ça les femmes ont même un avantage: elles peuvent plus facilement demander à d’autres hommes d’intervenir en valorisant leur virilité et leur force physique!», plaisante-t-elle. Reste ensuite à s'organiser. «Pour intervenir efficacement, le mieux est de se répartir les rôles: un qui appelle les secours, un qui parle à l’agresseur, un autre qui le retient, un autre encore qui s'occupe de la victime», explique la spécialiste. «Cela permettra plus facilement de mettre la victime à distance de l’agresseur et si possible hors de son champ de vision».

Stopper l’agresseur. «Pendant la phase d’approche, quand on repère un homme qui parle avec insistance à une femme, on peut tenter ce qu’on appelle une intervention paradoxale: cela consiste à dire ou à faire quelque chose qui ne fait aucun sens dans la situation pour sortir l’homme de son élan agressif (lui demander son chemin ou bien faire semblant de connaître la victime, une astuce qu’elle comprendra tout de suite), etc.», souligne la directrice de Garance. Dans le court-métrage, l’agression sexuelle est toutefois déjà trop avancée pour avoir recours à cette technique: «Dans ce cas, il faut faire plus: il faut poser des limites à l’agresseur, lui dire qu’il n’a pas le droit de faire ça, que l’on n’est pas d’accord et qu’il doit arrêter».

Intervenir physiquement. Si l'agresseur ne s’arrête pas, cela peut être nécessaire. «Le mieux est alors de venir à plusieurs par derrière: le premier peut le tirer par les deux bras ou les cheveux, le deuxième le fixer au sol», explique l’experte en autodéfense. «Cela peut paraître compliqué mais en réalité il faut se mettre dans la tête que les agresseurs ne sont pas des monstres: ils sont comme tout le monde, ils ne veulent pas avoir mal. S’ils voient qu’ils risquent d’avoir mal, ils arrêtent. Et la loi sur la légitime défense nous donne exactement le même droit d'utiliser la force pour défendre quelqu'un d'autre que pour se défendre soi-même».