Pontoise, le 19 octobre 2014. Amma, gourou indienne, est venue en France donner le "darshan" (étreinte) à ses fidèles.
Pontoise, le 19 octobre 2014. Amma, gourou indienne, est venue en France donner le "darshan" (étreinte) à ses fidèles. - V.VANTIGHEM / 20 MINUTES

Les yeux se ferment tandis que les bras s’ouvrent en grand. En une fraction de seconde, Amma vous attrape et vous engloutit dans ses bras moelleux. Qu’importe si sa tunique blanche est déjà maculée de la sueur et du fond de teint des précédents fidèles, Amma enchaîne. Elle psalmodie quelques mantras au creux de l’oreille, embrasse comme du bon pain et glisse dans le creux de la main un pétale de rose et un bonbon avant d’accueillir le prochain «visiteur».

Amma, gourou indienne, est venue en France donner le "darshan" (étreinte) à ses fidèles. - V.VANTIGHEM / 20 MINUTES


Considérée comme une «mahatma» (grande âme) en Inde, Amma a commencé, dimanche, à donner le «darshan» (l’étreinte) à ses adeptes français. Le rituel va se reproduire du matin au soir trois jours durant dans le parc des expositions de Pontoise (Val-d’Oise) où plus de 20.000 personnes sont attendues.

32 millions de câlins à travers le monde

«Elle prend dans ses bras, elle écoute, console et donne de l’énergie pure, explique Elisa, l’une des fidèles qui, au fil du temps, est devenue bénévole pour l’association humanitaire d’Amma. Faire des câlins, c’est sa façon de donner de l’amour et de régler les problèmes du monde.» Depuis ses 18 ans, cette fille de pêcheur du Kerala aurait ainsi câliné 32 millions de personnes à travers le monde.

Avant de donner le "darshan" à ses fidèles, Amma médite. - V.VANTIGHEM / 20 MINUTES

Sarah, 17 ans, a connu son baptême du feu, dimanche, après avoir fait la queue trois heures durant pour obtenir le précieux ticket. «J’ai l’impression qu’elle m’a enlevé un poids», confie la jeune fille au pied de l’estrade sur laquelle la «mère divine» est posée. A ses côtés, beaucoup pleurent, étranglés par l’émotion. «La première fois que j’ai reçu le «darshan», j’ai chialé pendant deux heures, confie Bruno, un solide gaillard qui a fait le voyage depuis Toulouse pour l’événement. Je sais désormais que le pire me sera épargné à moi et à ma famille…»
 

«Om, je m’incline devant toi, gourou»

Dans les allées du parc des expos, ça sent le curry et l’essence de rose. Des fidèles méditent en position du lotus. D’autres psalmodient des prières sanskrites entre les stands qui proposent des samossas arrosés de chaï (thé), des CD de chants indiens, du jus d’aloe vera et de la poudre de spiruline. Il y a des jeunes et des vieux. Vêtus de jeans et baskets ou de saris indiens. Mais tous sont pieds nus.

Extatique, la foule reprend en chœur les mantras sanskrits. - V.VANTIGHEM / 20 MINUTES


Au micro, une fidèle en costume traditionnel assure l’animation. «Oh, mère divine, je suis blottie dans tes bras protecteurs, lâche-t-elle dans un silence de cathédrale. Om, je m’incline devant toi, gourou.» Extatique, la foule reprend le fameux «Om» en chœur. Trois fois.

Ni guérison divine, ni bonne fortune

«Je comprends que l’on puisse se demander si ce n’est pas une secte, poursuit Elisa. Mais le mouvement est ouvert à tous. Rien n’est payant. Et nous sommes tous bénévoles. Les ventes et les dons servent à financer des projets humanitaires. Rien de plus.»

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Alerté, Serge Blisko, le président de la Mission interministérielle de vigilance contre les dérives sectaires n’est pas très inquiet. «Amma se contente de lancer un message d’amour et de fraternité universelle.» Surtout, elle ne promet ni guérison divine, ni bonne fortune. «C’est une sensation de libération, conclut Sylvette, 52 ans. A son contact, on gagne simplement de l’énergie pure, de la lumière.» Histoire de faire le plein, elle a d’ailleurs prévu de revenir mardi. La promesse d’une nouvelle étreinte.

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