Viviane Lambert: «Si Vincent avait écrit de ne pas le maintenir en vie, on l’aurait accepté»

ENTRETIEN Alors que ses avocats rendent, ce jeudi, leurs conclusions devant la justice européenne pour que Vincent Lambert soit maintenu en vie, sa mère s’est confiée à «20 Minutes»…

Vincent Vantighem

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Reims, le 16 octobre 2014. Viviane Lambert se bat pour que son fils, Vincent, soit maintenu en vie.

Reims, le 16 octobre 2014. Viviane Lambert se bat pour que son fils, Vincent, soit maintenu en vie. — V. VANTIGHEM / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial à Reims (Marne)

Sur le cliché, il apparaît souriant, allongé sur un lit. Comme si de rien n’était. Seules les machines derrière permettent de comprendre que Vincent Lambert est dans une chambre d’hôpital. Viviane, sa mère, ne se sépare jamais de la photo. «C’est mon carburant pour continuer le combat», confie-t-elle.

>> Eclairage: Où en est l'affaire «Vincent Lambert»?

Dans un coma dit «pauci-relationnel» depuis un accident de la route survenu en 2008, Vincent Lambert, 38 ans, est, depuis, au cœur d’un véritable conflit familial. Alors que son épouse, Rachel, et une partie de ses frères et sœurs réclament qu’on cesse de l’alimenter afin de le «laisser mourir», ses parents ont saisi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour, au contraire, qu’il continue à vivre. Viviane Lambert a accepté de se confier à 20 Minutes.

Plusieurs experts assurent que les lésions de Vincent, votre fils, sont irréversibles. Comment se porte-t-il selon vous?

Vincent n’a pas changé. Il y a deux jours encore, nous avons vécu un moment très intense. J’étais à son chevet. Je lui ai dit ‘’Maman est là…’’ et il m’a fixée. Il ne lui manque que la parole. On veut nous faire croire que l’encéphalogramme est plat. Ce n’est pas vrai. Un chercheur nous a dit un jour qu’il y avait environ 40% d’erreurs de diagnostics dans des cas tels que Vincent.

Avec votre mari, vous avez décidé de vous installer à Reims pour être auprès de lui. Comment est organisée votre vie?

Nous avons décidé de louer un appartement à proximité de l’hôpital. Mon époux s’y rend en début d’après-midi. Ensuite, je prends le relais. Tous les jours.

Comment vous portez-vous?

Je suis fatiguée par tout ça. J’ai l’impression que mon cerveau et mon corps ne suivent plus. Mon mari a 85 ans. Il a subi un triple pontage il y a quelque temps. Cette situation est très dure à vivre. Mais nous voulons continuer à nous battre pour lui.

Si la CEDH décide que Vincent doit être maintenu en vie, quels seraient vos projets pour lui?

Nous avons trouvé une maison de soins, près de Strasbourg (Bas-Rhin), prête à l’accueillir. Beaucoup de choses peuvent être faites. Depuis quelques mois, Vincent est à nouveau capable de déglutir. On pourrait donc débuter par l’apprentissage de l’alimentation. J’avais d’ailleurs commencé à lui donner des petits pots pour bébé. Nous pourrions passer l’hiver là-bas et l’emmener l’été dans notre maison familiale dans la Drôme.

Quelles sont vos rapports avec Rachel, son épouse?

Nous n’en avons plus. J’ai bien tenté de la recontacter mais sans succès. Elle vit désormais en Belgique. Je crois savoir qu’elle rend visite à Vincent une fois par mois. Elle lui coupe les cheveux notamment. Mais on ne se croise jamais. J’ai le sentiment d’avoir été trahie. Certaines choses me restent en travers de la gorge. Mais je n’ai pas de haine à son égard.

Dans un livre, elle explique que Vincent lui a demandé de promettre de ne pas le maintenir en vie au cas où il lui arriverait quelque chose…

J’ai du mal à y croire. Vincent est quelqu’un d’entier. S’il avait décidé ça, il aurait rédigé des directives anticipées en ce sens. N’oublions pas qu’ils étaient, avec Rachel, tous les deux des infirmiers. Ils connaissaient les procédures en la matière. S’il avait écrit de ne pas le maintenir en vie, on aurait eu de la peine, mais on l’aurait accepté…

Vos détracteurs expliquent que votre attitude est dictée par votre engagement dans l’église catholique traditionaliste. Qu’en est-il?

Oui, avec mon époux, nous sommes catholiques pratiquants de tendance traditionnelle. Mais, cela n’a rien à voir. Je suis proche de la fraternité Pie X. Mais je vais également à la messe moderne. C’est vrai que je suis contre l’euthanasie. C’est vrai que mon mari, gynécologue de métier, n’a jamais voulu pratiquer l’avortement. Mais ce n’est pas pour ça que nous nous battons aujourd’hui. Je n’ai pas à justifier mon combat pour mon fils.

Finalement, Vincent ne souffre-t-il pas aujourd’hui d’être ‘’trop aimé’’ par ses proches?

Oui, je le pense. On s’aimait beaucoup dans notre famille. Nous étions très unis. Et puis chacun a pris son orientation par rapport à cette affaire. Je n’en veux à personne. Aujourd’hui, la famille a explosé. Tout le monde est malheureux. Deux de mes enfants ne viennent plus me voir. Cela ne pourra jamais revenir comme avant.

>> Portrait: Menacé de mort, le médecin de Vincent Lambert démissionne

Tout ce que je souhaite, c’est que mes enfants se réconcilient. Moi, je ne m’en remettrais jamais. Mais que mes enfants se reparlent à nouveau!

La décision de la CEDH pourrait être rendue début 2015. L’attendez-vous dans la crainte?

Oui, j’ai hâte et peur en même temps. Je suis très angoissée. Mais j’ai paradoxalement quand même l’espoir d’être entendue. Je sais aussi que si on gagne notre combat contre la partie adverse, cela va être compliqué de le faire sortir de l’hôpital. Rachel va-t-elle s’y opposer? Je ne sais pas. Mais cela ne se fera pas comme ça.

Où en est la procédure devant la CEDH?

Jeudi 16 octobre, les avocats de Pierre et Viviane Lambert devaient rendre leurs conclusions devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) vers 18h30. L’instance suprême a prévu de se réunir en formation plénière, sans doute en janvier, pour examiner ce dossier. Le 24 juin, le Conseil d’Etat avait donné raison à Rachel, l’épouse de Vincent Lambert, qui voulait cesser l’alimentation du jeune homme. C’est pour s’opposer à cette décision de justice que ses parents ont saisi la CEDH.