Un tournesol dans sa main, Rosen Hicher, ex-prostituée, boucle la dernière étape de sa marche pour l'abolition de la prostitution, entre la Porte d'Orléans et la rue Colisée à Paris ce dimanche mid.
Un tournesol dans sa main, Rosen Hicher, ex-prostituée, boucle la dernière étape de sa marche pour l'abolition de la prostitution, entre la Porte d'Orléans et la rue Colisée à Paris ce dimanche mid. - F. Pouliquen / 20 Minutes

«Bar cherche hôtesse. Fixe + extra», disait l’annonce.  Rosen Hicher a fini par y répondre et s'est présentée dans ce bar à champagne de la rue Colisée à Paris. C’était en mars 1988, elle avait 31 ans. «Ma première passe, mon premier client, mes premiers pas dans l’enfer de la prostitution», se souvient-elle.

Vingt-six ans plus tard, Rosen Hicher, 57 ans aujourd’hui, est repassée rue du Colisée ce dimanche midi. Un retour aux airs de revanche. Tournesol dans la main et couronne de fleurs sur la tête, elle était suivie par plusieurs centaines de personnes et des banderoles «En marche avec Rosen Hicher». L’ancienne prostituée ne pouvait pas rêver meilleur final à sa marche pour l’abolition de la prostitution.

743 km contre la prostitution

Partie de Saintes (Charente-Maritime), où elle vit désormais, Rosen Hicher  a avalé 20 à 30 km par jour depuis le 4 septembre pour rallier Paris. 743 km en tout et pour tout, un dernier baroud d’honneur pour celle qui a «décroché de la prostitution» en 2009. «Je recevais beaucoup de lettres de prostituées me disant qu’elles n’en pouvaient plus. Les rencontres sont de plus en plus dures et les clients de plus en plus déviants...»

Il y a pourtant bien une loi en cours de préparation pour renforcer la lutte contre le système prostitutionnel. «Elle a été votée en décembre 2013 à l’Assemblée Nationale, rappelle Claire Quidet, porte-parole du Mouvement du Nid, l’une des 60 associations du collectif Abolition 2012 qui a soutenu Rosen dans sa marche. Elle est depuis avril en cours d’examen au Sénat. Mais les choses trainent en longueur, l’examen de la loi n’est d’ailleurs toujours pas inscrit à l’ordre du jour du Sénat. »

Rosen marche quand le Sénat piétine

C'est le point de départ pour Rosen Hicher. «Cette loi est importante, non seulement parce qu’elle propose de pénaliser le client, mais aussi parce qu’elle mettrait en place tout un ensemble de mesures pour accompagner les prostituées à s’en sortir », rappelle-t-elle, émue, à son arrivée rue Colisée. J’aurais bien aimé qu’on me sorte de là lorsque j’ai basculé dans la prostitution.»

A Saintes, le 3 septembre, l’ancienne prostituée avait des doutes quant à l’application un jour de cette loi. En route, elle dit avoir repris confiance et a bon espoir de réveiller le Sénat.  «J’ai d’abord marché seule, puis avec une, deux, trois personnes. Le cortège n’a cessé de grandir à mesure que j’approchais Paris. J’ai eu beaucoup de soutiens de maires, d’élus, d’associations…» A Porte d’Orléans, ce dimanche matin, ils étaient ainsi une petite centaine à l’accueillir pour finir plus nombreux encore rue du Colisée.

A l’ordre du jour début 2015 ?

«C’est un combat très courageux, salue Pascale Boistard, la Secrétaire d’Etat chargée des droits des femmes venue accompagner Rosen Hicher dans sa dernière étape. Les nombreuses élections de de ces derniers mois ont beaucoup ralenti le travail du Sénat. Il est raisonnable de demander que le projet de loi soit inscrit à l’ordre du jour pour début 2015.» Cette loi a toutefois peu de chance d’instaurer la pénalisation du client. Réunie en commission spéciale, les sénateurs ont déjà retiré cette mesure de la proposition de loi.

Rosen Hicher n’abandonne pas pour autant le combat. Elle n’en démord pas : «Je reste à Paris tant que je n’aurai pas de réponses claires du Sénat».  

Des maires et élus se mobilisent également

En marge de l’arrivée à Paris de l’ancienne prostituée Rosen Hicher, au terme d’une marche de 743 kilomètres pour réclamer l’abolition de la prostitution, des maires et des élus de tous bords ont aussi appelé les sénateurs à se mobiliser contre la prostitution. Dans une tribune au Journal du Dimanche, ils demandent au Sénat d'adopter rapidement la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionel déjà votée à l’Assemblée nationale et d’y garder le principe de pénalisation du client.

Le texte est notamment signé par les maires socialistes de Paris Anne Hidalgo, de Nantes Johanna Rolland, de Strasbourg Rolland Ries, mais aussi leurs collègues UMP d'Orléans Serge Grouard ou de Mulhouse Jean Rottner. 

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