Rapport de l’Unicef France: «Il faut réapprendre à écouter les adolescents»

INTERVIEW Catherine Dolto, haptopsychothérapeute et coauteur du rapport sur le malaise des adolescents de l’Unicef France, analyse les ferments de la souffrance chez ces jeunes...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Catherine Dolto, haptopsychothérapeute.

Catherine Dolto, haptopsychothérapeute. — OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP

Interpeller tant les pouvoirs publics que la société civile sur le mal-être des adolescents. Ce mardi, la présidente de l’Unicef France, Michèle Barzach remet un rapport sur le sujet à la secrétaire d’Etat à la famille, Laurence Rossignol. Catherine Dolto, haptopsychothérapeute et coauteur du rapport, en analyse les grandes lignes.

Les adolescents d’aujourd’hui sont-ils davantage en situation de détresse que leurs aînés au même âge?

La situation de crise dans les sociétés européennes se ressent chez les adolescents, qui sont pris dans les angoisses des adultes. D’où un sentiment de malaise qui s’exprime plus fortement chez eux.

Quels sont les adolescents les plus à risques?

Ceux qui vivent dans des familles précarisées, soit matériellement, soit affectivement. Les enfants de familles monoparentales sont particulièrement vulnérables d’autant que celles-ci vivent souvent de manière trop isolée.

Quels sont les ferments de leur mal-être?

Beaucoup de choses tournent autour des questions de confiance. Si l’adolescent n’a pas confiance dans l’adulte, si la société ne lui montre pas qu’il est utile, il perd espoir dans l’avenir à titre individuel et social et éprouve des difficultés à se construire. Par exemple, un jeune victime de harcèlement ne réagira pas de la même manière s’il peut en parler dans sa famille, que s’il a le sentiment que ses parents ne le protègent pas.

Le rapport de l’Unicef souligne l’ampleur que prennent les conduites addictives chez les 15-18 ans. Comment l’expliquez-vous?

Quand la réalité est trop dure, on veut la fuir. Et notre société propose toujours de nouveaux produits, comme les sodas alcoolisés. Les adolescents ne sont pas tous à même de résister aux sirènes de la publicité et certains cerveaux sont plus fragiles face aux addictions. Par ailleurs, ils voient beaucoup d’adultes alcooliques autour d’eux ou ayant banalisé la consommation de cannabis. Quand les adultes tutélaires sont eux-mêmes peu construits, cela peut être dévastateur chez certains ados. Or, en France, on n’éduque pas au discernement. D’où l’incapacité de certains jeunes à faire des choix.

Plus d’un tiers des plus de 15 ans ont déjà pensé au suicide, comment analysez-vous ce chiffre?

Il montre que ces jeunes n’ont personne avec qui partager leur désarroi. Même ceux qui sont issus des familles nanties n’arrivent pas à avoir confiance dans le groupe humain. Cela interroge sur ce que nous offrons à la jeunesse et c’est une véritable alerte.

Quelles peuvent être les conséquences de ce mal-être chez les adolescents?

Ils n’auront pas envie de rendre à la société ce qu’elle ne leur a pas donné. Certains risquent de chercher des identités de consolation et de se tourner vers le communautarisme. D’autres chercheront à se faire reconnaître par l’adulte, quitte à basculer dans la délinquance.

Quels sont les leviers d’action pour venir en aide à ces adolescents?

Les adultes n’ont pas assez conscience que leurs actes sont aussi importants que leurs paroles. Ils doivent donner à leurs enfants l’envie de grandir, en se référant à eux. Par ailleurs, un adolescent ne peut pas se construire s’il n’est pas reconnu comme un être de valeur. Or, nous sommes dans un système d’infirmation de l’enfant, pas de confirmation. Il faut réapprendre à écouter les adolescents. Les pouvoirs publics ont aussi un rôle à jouer et doivent multiplier les structures d’accueil des familles, pour leur donner la possibilité d’être entendues. Avec une attention particulière portée aux familles monoparentales, qui sont les plus isolées.

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