Des Français musulmans au cours d'une prière à Marseille.
Des Français musulmans au cours d'une prière à Marseille. - B.HORVAT / AFP

Edwy Plenel lance «un cri d'alarme et un geste de solidarité» pour les musulmans de France. Dans son livre-plaidoyer Pour les musulmans (éd. La Découverte), le journaliste et essayiste fustige ceux qui ciblent l'islam «comme notre problème de civilisation», et met en lumière le malaise de la communauté musulmane de France.

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Un sentiment d’inquiétude

Un pamphlet «qui aura beaucoup d’écho au sein de la communauté musulmane», prédit Anouar Kbibech, vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM). «Les musulmans de France éprouvent une véritable inquiétude à vivre dans ce climat de stigmatisation», déplore-t-il. Le CFCM, conjointement avec le ministère de l’Intérieur, a relevé une augmentation de 30% des actes islamophobes par rapport à l’année dernière, contre les mosquées, mais aussi contre les personnes.

Pour autant, Anouar Kbibech «ne veu(t) pas que les musulmans de France tombent dans le syndrome de la victimisation», et plaide «pour une autocritique, appelant à une réflexion vive, sur l’islam dans la population carcérale ou encore sur le voile intégral».

L’effet de loupe des médias

Le vice-président du CFCM déplore toutefois «la focalisation des médias sur le négatif», et dénonce «l’effet de loupe sur des comportements minoritaires qui ne reflètent pas la réalité de la communauté musulmane de France, qui est modérée». Mais «ce n’est pas nouveau, c’est le cas depuis la fin des années 70. On réduit l’identité des gens à leur supposée appartenance religieuse», analyse Abdellali Hajjat, sociologue et coauteur d’Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le «problème musulman» (éd. La Découverte). «Les grands médias font souvent l’amalgame entre les musulmans et les militants politiques qui utilisent la religion pour justifier les violences qu’ils commettent», poursuit-il.

Légitimer un «racisme respectable»

«Cette voix dominante qui oppose, à tort, l’islam à la laïcité, est le moyen de légitimer un racisme respectable, et c’est le fer de lance du Front national», estime le sociologue. Une posture qu’Edwy Plenel qualifie de «laïcisme», qu’il critique et assimile au cheval de Troie de l’islamophobie. «Ce "laïcisme" est à la laïcité ce que l’intégrisme est à la religion. Sous prétexte de ce sectarisme laïc, on s’habitue à discriminer une minorité. C’est un engrenage qui embarquera tout le monde – les Noirs, les juifs, les Roms, les musulmans – si nous continuons à être indifférents à cette stigmatisation dominante qui vise les musulmans de France», explique le journaliste.

«Cette façon d’agiter la querelle religieuse, de stigmatiser l’islam, de s’en prendre à ses symboles - le vêtement, le voile, le halal, les mosquées - est contraire au véritable esprit de la loi sur la laïcité, qui reconnaît les cultures minoritaires, des forces vives de ce pays», poursuit le fondateur de Mediapart.

La responsabilité des élites

«Le consensus de cette virulence à l’encontre des musulmans de France est une spécificité française engendrée par les élites». Politiques notamment. «La logique du bouc émissaire est un mécanisme de temps de crise, abonde Edwy Plenel. C’est la ruse des pouvoirs économico-politiques pour échapper à la catastrophe et à l’échec des politiques qu’ils mènent, de faire diversion par rapport aux enjeux essentiels que sont l’emploi ou le logement». Une islamophobie qui étouffe la voix des musulmans modérés.

«Les Français musulmans vivent très mal que l’islam soit pointé du doigt, et s’insurgent de cette usurpation d’identité qu’en font les groupuscules radicaux, comme l’Etat islamique, qui instrumentalisent la religion à des fins politiques». Une remise en cause aux effets pervers, qui risque d’engendrer un repli communautaire, «que l’on retrouve dans toutes les minorités attaquées, et qui pousse des Français musulmans à l’exil, au Royaume-Uni notamment», explique Abdellali Hajjat. «L’humiliation crée une quête de fierté, susceptible d’engendrer des radicalisations qui peuvent mener à des chemins de perdition, estime Edwy Plenel. C’est pourquoi j’ai voulu libérer la parole et la solidarité».

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