Ecole: Pourquoi les profs manquent-ils à l’appel?

EDUCATION La crise du recrutement se fait sentir essentiellement dans le secondaire…

Delphine Bancaud

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Un enseignant au collège Saint-Exupéry d'Hellemmes (59), le 2 septembre 2014.

Un enseignant au collège Saint-Exupéry d'Hellemmes (59), le 2 septembre 2014. — DENIS CHARLET / AFP

Des postes budgétés qui ne trouvent pas preneurs, malgré un chômage endémique en France. En cette rentrée, selon le Snes, 3.640 postes d’enseignants du secondaire ouverts aux concours externes n’ont pas été pourvus.

Un phénomène qui n’est pas récent et qui génère un déficit de profs particulièrement criant dans certaines disciplines (mathématiques, anglais, lettres et allemand). Reste à en identifier les causes. Selon Claude Lelièvre, historien de l’Education «le message selon lequel l’Education nationale recrute n’est encore bien passé, en raison des suppressions de postes qui ont eu lieu sous le gouvernement précédent. Il faut un temps de latence compris entre un an et trois ans, pour que le grand public soit conscient des débouchés qu’offre l’Education nationale», indique-t-il. «Les concours de l’enseignement sont par ailleurs exigeants et très axés sur la théorie, ce qui décourage certains jeunes de les présenter», observe de son côté Eric Charbonnier, expert «éducation» à l’OCDE.

La peur des débuts difficiles

Les conditions d’entrée dans le métier sont aussi jugées délicates par les principaux intéressés, ce qui joue sur les vocations de leurs benjamins. Car à leurs débuts, les enseignants du second degré sont souvent affectés loin de chez eux, dans des établissements difficiles. «Les jeunes savent qu’ils ne reviendront pas dans leur région avant plusieurs années et craignent d’être mal encadrés lors de leur première prise de fonction», note Eric Charbonnier.

Le manque d’attractivité du métier s’explique aussi par les salaires proposés, considérés comme bas pour des diplômés de master. «En France le salaire statutaire (qui n’inclut pas les primes, ni le paiement des heures supplémentaires) des enseignants du primaire ou du secondaire est toujours nettement inférieur à la moyenne de l’OCDE, aussi bien pour les enseignants en début de carrière que pour ceux qui ont dix ou quinze ans d’expérience», constate Eric Charbonnier. «Et un jeune ayant effectué des études scientifiques aura des perspectives salariales bien moins intéressantes dans l’Education nationale que dans le privé», souligne-t-il.

Des clichés qui nuisent

Enfin, l’image du métier d’enseignant véhiculée par les médias et les syndicats aurait contribué à sa dévalorisation sociale ces dernières années. «Le grand public retient l’image d’un prof dans un quartier difficile qui a un métier impossible», confirme François Dubet, sociologue de l’Education.

Pour lutter contre les racines du mal, chacun a ses solutions. Frédérique Rolet, cosecrétaire générale du Snes, estime qu’il y a urgence à mettre en place «un plan pluriannuel de recrutement permettant aux étudiants de se projeter dans l’avenir» et d’organiser des pré recrutements «pour rémunérer les étudiants sans contrepartie pendant leurs études, en leur demandant de signer un engagement quinquennal uniquement après la réussite du concours». Par ailleurs, les syndicats sont unanimes pour réclamer une revalorisation des salaires. Selon Eric Charbonnier, il faudrait aussi repenser le mode d’entrée dans le métier, afin d’affecter en priorité dans l’éducation prioritaire, les néotitulaires volontaires». Enfin, Pour François Dubet, il est urgent de dépoussiérer l’image des profs: «Les syndicats d’enseignants ont aussi leur rôle à jouer dans ce domaine. Il faut sortir de la logique de la plainte et arrêter de présenter le métier comme étant abominable», insiste-t-il.