Photo prise à partir d'une vidéo de propagande diffusée par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le 11 juin 2014, et montrant un groupe de combattants réunis dans la province de Ninive en Irak
Photo prise à partir d'une vidéo de propagande diffusée par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le 11 juin 2014, et montrant un groupe de combattants réunis dans la province de Ninive en Irak - - Isil

Les récentes victoires de l’Etat islamique (EI) et la création du califat fascinent les jeunes français candidats au djihad. A commencer sur les réseaux sociaux. «L’Etat islamique a remporté la bataille de la communication» face à la vieille génération d’Al-Qaïda, observe auprès de 20 Minutes Wassim Nasr, journaliste spécialiste des mouvements djihadistes.

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L’appétence pour cette nouvelle entité à cheval sur la Syrie et l’Irak s’explique par la montée en puissance d’une nouvelle génération, plus éduquée et sans doute plus déterminée. «C’est une révolution de jeunes contre les vieux d’Al-Qaïda», poursuit-il. Alors que leurs aînés militaient pour des attentats ciblés en occident, les cadres de l’EI veulent désormais consolider les territoires conquis et créer un «état viable».

«Ce qui se passe en Irak peut être un formidable souffle de basculement dans le djihadisme. L’Irak peut constituer le même facteur de mobilisation que l’a été la Syrie. Pour certains jeunes, l’EIIL (qui porte le nom d’EI aujourd’hui, ndlr) peut devenir une référence de la même manière qu’un Che Guevara dans les années 60», affirmait en juin dernier dans les colonnes de l’hebdomadaire Marianne, Pierre Conesa, maître de conférences à Sciences Po et à l’ENA et ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense.

Des Français engagés dans les rangs de l’Etat islamique

Sur le terrain, des mouvements de djihadistes français depuis la Syrie vers l’Irak sont observés. «A l’heure actuelle, des groupes du Front al-Nosra basculent du côté de l’Etat islamique, parmi lesquels des Français», note Alain Rodier, ancien agent de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et directeur de recherche chargé du terrorisme et de la criminalité organisée au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

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Le 13 août dernier, Bernard Cazeneuve affirmait que des Français combattaient «vraisemblablement» dans les rangs de l’EI du côté irakien. Déjà, en mai dernier, un jeune Français d’origine antillaise, connu sous le pseudonyme Abou al-Qaqa al-Faransi, parti faire le djihad en Syrie, avait trouvé la mort dans un attentat contre un poste de police dans le nord de l’Irak. Plusieurs sources avaient fait état de la présence de Français engagés aux côtés de l’EI dans la bataille de Mossoul.

Pour l’EI, «l’Irak et la Syrie sont un seul et même territoire»

A l’heure actuelle, aucun accès direct à l’EI en Irak n’est possible. Les nouvelles recrues doivent suivre le parcours classique en entrant en Syrie par la Turquie. Pris ensuite en charge par l’EI côté syrien, ils sont envoyés dans des camps d’entraînements avant d’être affecté à des zones de combats. «Pour eux, la Syrie et l’Irak sont un seul et même territoire. Ils n’ont pas la même logique que les Occidentaux. La frontière n’existe pas. Leur projet est de rejoindre le califat. Peu importe l’Irak ou la Syrie», rappelle Wassim Nasr.

En fonction des besoins, les cadres de l’EI envoient les jeunes candidats soit sur le front irakien, soit combattre l’armée de Bachar al-Assad. «La décision d’aller sur tel ou tel territoire, d’être affecté à telle ou telle mission ne leur revient pas», explique Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme. Leur unique liberté est de décider d’être ou non volontaire pour l’attentat suicide. Outre les djihadistes, étrangers ou non, qui ont déjà combattu en Syrie, l’EI enrôle parmi les populations locales en ouvrant des bureaux de recrutement. «Rien que le mois dernier, l’EI a recruté 6.000 nouveaux combattants dans les villes conquises en Irak», rappelle l’ancien membre de la DGSE, Alain Rodier.

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