Enfants dans le train: Attention, des adultes mécontents peuvent cacher des voyageurs tolérants

VOYAGES Si les voyageurs se plaignent d’avoir à passer leur trajet en train aux côtés d’enfants insupportables, ils sont peu nombreux à en avertir la SNCF et les associations de voyageurs…

Floriane Dumazert

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Une famille attend son train pour partir en vacances

Une famille attend son train pour partir en vacances — OZCAN/SIPA

«Un vrai cauchemar», des enfants «insupportables», «quand l’enfant est infernal et que les parents s’en fichent je n’hésite pas à l’engueuler moi-même». Sur notre page Facebook, vous avez été nombreux à vous remémorer des voyages pénibles passés à côté d’enfants bruyants. A l’heure des grands départs en vacances, les trajets en train peuvent être l’occasion d’une difficile cohabitation entre enfants et adultes. Et la SNCF l’a bien compris. Au point de développer différentes offres permettant aux familles de s’isoler du reste des voyageurs.

Dès 2010, la SNCF a créé le TGV Family, une voiture entièrement dédiée aux enfants, «décorée et avec des animateurs à bord», précise le groupe. Un service qui fonctionne d’ailleurs très bien. «L’été 2013, 300 trains ont circulé avec une voiture réservée aux enfants. Cette année, nous en avons affrété 400.» Alors, la SNCF s’installe un peu plus sur cette offre. Désormais, il est possible pour une famille de réserver des places en «Espace famille», l’équivalent du TGV Family mais sans animateur, ou en «Espace carré», permettant à une famille d’être assurée de bénéficier de quatre places côte à côte, isolées du reste de la voiture par une paroi vitrée.

Très peu de passagers se plaignent auprès des associations

Et si les offres se multiplient, c’est bien que la demande est croissante, notamment de la part des familles «qui voulaient un espace dédié aux enfants, avec un animateur pour les aider à les occuper». Car à en croire la SNCF, les demandes n’émaneraient pas d’usagers mécontents d’avoir voyagé aux côtés d’enfants bruyants. La SNCF ne recevrait d’ailleurs que très peu de plaintes de voyageurs, relatives à l’agitation des enfants. Même constat du côté des associations de voyageurs. «Il arrive que nous recevions des plaintes relatant des épisodes d’enfants bruyants dans les voitures, mais cela reste très rare», commente la Fédération nationale des associations des usagers des transports (FNAUT).

Si les usagers se plaignent sur les réseaux sociaux, ils sont finalement très peu à en alerter les associations. «Les réseaux sociaux sont une forme d’exutoire, et des lieux où se construit une légitimité relative à une communauté d’usagers, les 'anti-enfants'», analyse Benjamin Pradel, sociologue de la mobilité. Mais si les usagers ne font pas davantage remonter leur mécontentement, c’est parce que «ces plaintes ne sont juridiquement pas recevables, et que l’isolement de certaines catégories de populations l’est encore moins», poursuit-il. Et de conclure: «Parmi les voyageurs qui se plaignent des enfants sur les forums, une partie a fait preuve de tolérance lors du voyage».

Des voyageurs majoritairement tolérants

Car quoi que l’on puisse lire sur les plateformes d’échanges, «les passagers ont bien conscience que le train reste un transport en commun, et sont tolérants dans la grande majorité des cas», précise la FNAUT. Plusieurs internautes nous ont d’ailleurs expliqué apprécier les voyages passés aux côtés d’enfants. «Je préfère voir des enfants qui bougent, c’est plus amusant», témoigne un internaute. «Souvent, je me mets à du côté des enfants, je trouve le temps moins long», assure une voyageuse.

Soucieuse de vouloir développer la convivialité dans les trains, la SNCF a donc lancé une nouvelle opération en 2014. Avec «Voisins à bord», les trains veulent devenir des lieux d’entraide et de partage de jeux, notamment avec les enfants. En même temps qu’isoler les voyageurs qui le souhaitent, la SNCF veut «mettre de la convivialité dans les voitures». Et proposer des trajets adaptés à toutes les personnalités.