Chaque année, les 7 000 bénévoles de la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) portent secours à près de 8.000 personnes sur les plages et en pleine mer. L’association, reconnue d’utilité publique, a une organisation bien rodée qui permet chaque jour de sauver des vies, mais la réforme des collectivités territoriales pourrait mettre en danger le financement de l’association et, à terme, bouleverser son fonctionnement. Xavier de la Gorce, président de la SNSM, fait part de ses inquiétudes à 20 Minutes.

En quoi la réforme des collectivités territoriales constitue-t-elle une menace pour la SNSM?

Aujourd’hui, un quart de notre budget est assuré par le financement public. Et 50 % de nos investissements sont directement couverts par les régions et les départements. Avec la réforme des collectivités territoriales, la clause générale de compétences est sur la sellette, et avec elle la part de notre budget allouée par ces collectivités. Par cette clause, une collectivité a le pouvoir d’intervenir dans un domaine de compétences au-delà de celles qui lui sont attribuées de plein droit, dès lors que l’intérêt de son territoire peut être invoqué. Ce qui lui permet par exemple d’attribuer une subvention à la SNSM.

La suppression de cette clause, annoncée au printemps par le Premier ministre, représente potentiellement une menace pour le budget et donc le fonctionnement de la SNSM. Dans ce schéma, il y a un grand risque que nos subventions passent à la trappe, parce qu’elles ne relèvent pas d’une compétence obligatoire des collectivités, qui ont déjà des fiscalités très tendues et dont les dotations de l’Etat sont revues à la baisse.

Est-ce que faire payer les interventions aux personnes secourues est une piste envisagée?

Absolument pas! Le sauvetage des personnes en mer est non seulement bénévole, mais il est par principe gratuit. Nous faisons appel au mécénat et aux dons, qui représentent 75 % des 25 millions d’euros de budget annuel de la SNSM, et il est fréquent que les personnes auxquelles nous portons secours nous témoignent leur reconnaissance par un don. Mais les missions de sauvetage que nous assurons constituent une mission de service public, et la solidarité ne peut pas être facturée.

Ce que nous souhaitons, c’est que la réforme qui va être débattue à la rentrée comporte une clause de sauvegarde qui sécurise durablement la part de notre budget allouée par l’Etat et les collectivités territoriale. Une part qui finance directement 50 % de nos investissements.

Quels sont aujourd’hui les postes de dépenses les plus importants de la SNSM?

Ce sont les frais d’achat et d’entretiens des bateaux, qui mobilisent la majeure partie de notre budget. Rien que le carénage d’un bateau coûte une fortune: de 60.000 euros pour une vedette à 1,3 million d’euros pour le navire amiral. Viennent ensuite les frais de formation, qui représentent plus de trois millions d’euros par an. Car pour mener à bien une mission de sauvetage, les bénévoles doivent être formés à l’utilisation des vedettes, de la radio, aux premiers secours, à la plongée. Il faut aussi former des mécanos, apprendre à coordonner nos actions avec les hélicoptères…

Notre association compte 7.000 bénévoles très impliqués, répartis dans les 219 stations de sauvetage du territoire, et prêts à intervenir en moins de quinze minutes quand on les appelle. Il n’y a aujourd’hui pas de solution de substitution à notre action. Si demain nous devions être remplacés par des pompiers, rémunérés, cela coûterait entre 300 et 400 millions d’euros par an. Les pouvoirs publics ne peuvent pas se permettre de nous laisser tomber, c’est pour cela que nous sommes confiants pour le moment. Une rencontre est prévue dans les prochaines semaines avec le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et nous avons déjà contacté l’ensemble des parlementaires dont les circonscriptions se trouvent sur le littoral. Nous allons faire entendre notre voix parce que nous n’avons pas d’autre choix. Nous devons sécuriser notre financement pour survivre.

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