La branche parisienne de l'Eglise de scientologie a cherché jeudi, à l'ouverture de son procès en appel pour escroquerie en bande organisée, à obtenir un renvoi des débats, en invoquant des "pressions" qui seraient exercées sur les juges par le pouvoir exécutif.
La branche parisienne de l'Eglise de scientologie a cherché jeudi, à l'ouverture de son procès en appel pour escroquerie en bande organisée, à obtenir un renvoi des débats, en invoquant des "pressions" qui seraient exercées sur les juges par le pouvoir exécutif. - Loic Venance afp.com

Selon nos informations, le parquet de Versailles (Yvelines) a ouvert, début juin, une enquête préliminaire visant l’Association spirituelle de l’Eglise de scientologie (Celebrity Center) et plusieurs de ses membres supposés pour des faits de «harcèlement moral» et «d’abus de faiblesse». Elle fait suite à une plainte, déposée le 3 juin, par douze salariés de la société Arcadia*, basée à Saint-Ouen-l’Aumône (Yvelines), et spécialisée dans l’aménagement de combles et l’extension de maisons.

La Cellule d’intervention en matière de dérives sectaires saisie

Les salariés assurent avoir subi ces faits de «harcèlement moral» lors de formations dispensées par des consultants qui seraient, selon eux, membres de l’Eglise de scientologie. «La scientologie a noyauté cette entreprise dans le but principal d’en piller les ressources», explique, à 20 Minutes, Olivier Morice, l’avocat qui défend les salariés.

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Le parquet de Versailles nous a confirmé avoir «confié cette enquête préliminaire à la Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires (Caimades)». Celle-ci dépend de l’Office central de répression des violences aux personnes (OCRVP).

Des exercices tirés de livres de scientologie

Les faits auraient débuté au début de l’année 2013. «Nous savions que le président de la boîte était scientologue*, confie Stéphane**, l’un des salariés. Il parlait tout le temps de Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie. Mais les choses ont vraiment dégénéré quand il a fait venir ses copains…» Appelés dans le but «d’améliorer la performance de l’entreprise», plusieurs consultants seraient ainsi venus dispenser des formations aux salariés.

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«Au début, cela durait une heure et demie par semaine. Puis, c’est passé à une demi-journée. Puis une journée entière, lâche Julie**, une autre salariée. Au bout de quelques semaines, les formateurs ne cachaient même plus les livres de scientologie d’où ils tiraient leurs exercices destinés à améliorer la communication entre nous.»

«Est-ce que les poissons nagent? Oui, les oiseaux volent»

Parmi ces exercices, Julie se souvient surtout des Training Routine, fréquemment utilisés par l’Eglise de scientologie. «Le premier consiste à rester deux heures sans bouger et sans rien dire face à un autre salarié, décrit-elle. Ensuite, nous avons dû lire des passages d’Alice au pays des merveilles. Puis, il fallait répéter de façon frénétique la phrase "Est-ce que les poissons nagent?". La réponse étant: "Oui, les oiseaux volent".»


Vidéo de démonstration de l’Eglise de scientologie (en anglais)

Commerciale âgée de 27 ans, la jeune femme explique avoir craqué lors des exercices dits du «harcèlement du taureau». «Pour celui-là, il fallait accepter de se laisser insulter pendant des heures sans réagir. Comme je n’y arrivais pas, le formateur m’a montré en demandant violemment à un collègue de lui faire une pipe!»

«Si on ne se pliait pas à leurs directives, on atterrissait directement sur la liste noire, abonde Stéphane. Ils nous menaient alors la vie impossible dans le but de nous faire partir de l’entreprise.» Très étayée, la plainte de 33 pages que 20 Minutes a pu consulter fait état du départ (par démission, licenciement ou rupture conventionnelle) de 25 des 90 salariés en l’espace d’un an et demi.

«Au flair, ça me semble bidon»

«Outre l’emprise mentale sur les salariés, le but de l’Eglise de scientologie était surtout de ramener de l’argent», poursuit l’avocat Olivier Morice. Sollicité comme consultant auprès des équipes techniques, Cyrille Pincanon aurait ainsi touché 437.531 euros, via sa société CYP Conseil, pour avoir «amélioré la qualité des chantiers de construction».

Visé par la plainte, il se défend de tout prosélytisme auprès de 20 Minutes. «Oui, j’ai effectué une mission qui s’est très bien passée. Sur mon échelle de 0 à 110 %, j’ai obtenu un taux de satisfaction de 103 %. Je peux apporter toutes les preuves de mon travail, tous les écrits…» Mais quand on l’interroge sur son appartenance supposée à l’Eglise de scientologie et ses méthodes, il se braque. «Mes méthodes ne regardent que moi. Quant à l’Eglise de scientologie, je n’ai rien à vous dire là-dessus!»

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Porte-parole du Celebrity Center, Eric Roux assure, de son côté n’avoir jamais entendu parler de la société Arcadia. Mais il reconnaît que les noms des personnes visées par la plainte des salariés lui «disent quelque chose». «Je n’ai pas d’informations sur cette affaire, conclut-il. Mais, à première vue, au flair, ça me semble bidon…» Présumés innocents, les représentants de l’Eglise de scientologie pourraient être convoqués par la Caimades dès la rentrée de septembre.

* Contacté par 20 Minutes, le président d'Arcadia n'était pas disponible dans l'immédiat.
** Les prénoms ont été changés.

Olivier Morice

Pénaliste réputé sur la place parisienne, Olivier Morice se décrit lui-même comme «la bête noire» de l’Eglise de scientologie. En 2013, il a notamment obtenu la condamnation des deux structures parisiennes représentatives de l’Eglise et de cinq scientologues pour «escroquerie en bande organisée». La justice les a reconnus coupables d’avoir profité de la vulnérabilité de certains adeptes pour leur soutirer de fortes sommes d’argent.

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