Affaire «Closer»-Gayet: Les paparazzi ont planqué parfois pendant dix heures d'affilée

JUSTICE Le magazine people est jugé pour atteinte à l’intimité de la vie privée pour une photo de la comédienne prise au volant de sa voiture au terme d’une course-poursuite…

William Molinié

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Un lecteur du magazine Closer, qui a rendu publique la relation entre François Hollande et Julie Gayet, le 10 janvier 2014

Un lecteur du magazine Closer, qui a rendu publique la relation entre François Hollande et Julie Gayet, le 10 janvier 2014 — Thomas Coex AFP

A première vue, le duo ne paye pas de mine. Sébastien Valiela, petit et bedonnant, se présente comme le plus expérimenté, habitué des photos à scandale. C’est lui qui avait pris le cliché de François Mitterrand en compagnie de sa fille cachée Mazarine, publié dans Paris Match.

Son beau-frère, Laurent Viers, qu’il a initié à l’exercice du vol d’image, semble à l’étroit dans sa chemise serrée au flanc. Maladroit, il est aussi gauche dans ses déclarations. Pourtant les deux compères ont bien failli ébranler la République en révélant en janvier dernier dans le magazine Closer les photos de la relation entre Julie Gayet et François Hollande.

A leur côté, Laurence Pieau, la directrice de la rédaction du magazine people, hauts talons noirs, vernis sombre et veste cintrée, se présente mains dans les poches et voutée à la barre du tribunal. La présidente ne manque pas de lui faire remarquer cette forme d’indécence. Tous trois, ainsi que Carmine Perna, directeur général de Mondadori en France absent à l’audience, étaient ce mardi renvoyés devant la 14e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) pour atteinte à l’intimité de la vie privée.

Le paparazzi reconnu par Gayet

Au cœur des débats, la photo volée de Julie Gayet au volant de sa voiture, prise au terme d’une dangereuse course-poursuite, et publiée dans le numéro 449 de Closer. Laurence Pieau, qui a déclaré au tribunal gagner 117.000 euros nets par an, refuse de dévoiler l’auteur du cliché, au nom de la «protection des sources». Au risque de passer pour incompétente, elle explique qu’elle ne savait pas qu’une voiture était «un endroit privé».

Après le dépôt d’une plainte par Julie Gayet, les enquêteurs de la brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP) sont parvenus à retracer l’histoire de ce cliché. Il aurait été pris le 2 janvier 2014, à l’heure du déjeuner, rue de Sèvres, dans le quartier chic du Bon Marché. Grâce au bornage du téléphone portable de Laurent Viers, les policiers savent que le paparazzi qui suivait la comédienne n’était pas très loin d’elle. A 13h21, son téléphone a été localisé à 610m du Bon Marché. Celui de Julie Gayet était à 269m.

Cette dernière, partie civile mais absente à l’audience, se souvient d’un homme casqué à la «barbe naissante» et avec une «grosse bague en argent». A la lecture de la déposition, la présidente relève son regard qui se pose alors sur la main droite de Laurent Viers. Au majeur, une imposante chevalière à pierre noire. Ce dernier sera reconnu par la comédienne sur planche photographique.

Une autre plainte pour la course-poursuite

Pourtant, le paparazzi, qui est aussi poursuivi pour avoir falsifié une carte de presse retrouvée au cours d’une perquisition chez lui où un faux brassard siglé «police» a également été placé sous scellé, dément fermement avoir pris cette photo. Il reconnaît avoir suivi Julie Gayet en scooter. Mais uniquement «pour obtenir des informations».

Ce dernier concède avoir fait le guet parfois pendant dix heures d’affilée devant la porte où se trouvait l’appartement censé abriter la liaison secrète. «Ah oui, vous faisiez le chouffe», a ironisé la présidente. Le procureur, de son côté, le compare à «certains délinquants jugés devant ce tribunal». Il a requis à son encontre une interdiction d’entrer en relation avec Julie Gayet pendant trois ans et une interdiction de conduire tous les véhicules à moteur pendant quatre mois. Concernant les dirigeants de Closer, il a demandé une amende de 5.000 euros avec sursis et a demandé la diffusion de la décision de justice dans le magazine. La décision du tribunal a été mise en délibéré au 2 septembre.

Le 27 mars, Closer avait été condamné à verser 15.000 euros de dommages et intérêts au terme d’un procès au civil. Une autre plainte au pénal a été déposée par l’actrice pour «mise en danger de la vie d’autrui» lors de la course-poursuite. L’enquête est toujours en cours.