Un enfant en classe à Paris en 2012.
Un enfant en classe à Paris en 2012. - FRED DUFOUR

Des premiers pas dans la vie qui n’ont rien d’insouciants. Selon le rapport annuel de l’ONPES (Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale) rendu public mercredi, que 20 Minutes s’est procuré, le nombre d’enfants pauvres a nettement augmenté avec la crise. Entre 2007 et 2011, la part des enfants vivant dans une famille dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté (977 euros/mois pour une personne seule) est ainsi passée de 17,9% à 19,5% en 2011. «Ces chiffres sont forcément effrayants. Car les conditions de vie des enfants et même leur avenir vont être obérés par la pauvreté», commente le Défenseur des enfants, Marie Derain.

Une situation corrélée à la situation professionnelle des parents, puisqu’en 2010, 39 % des enfants pauvres vivaient dans une famille dont aucun parent ne travaillait. Ces enfants sont aussi surreprésentés dans les familles monoparentales (35% en 2010). «Les chefs de ces familles ont du mal à travailler, car on leur propose souvent des emplois aux horaires décalés ou loin de leur domicile, incompatibles avec les modes de garde», souligne Marie Derain.

La pauvreté des enfants augmente également avec l’importance de la fratrie. Ainsi, le taux de pauvreté des enfants ayant deux frères ou sœurs en 2010 était d’environ 40%. Il s’élevait à 45% pour une fratrie de quatre enfants et à 60% lorsque la famille était composée d’au moins cinq enfants. Un fait qui n’est pas surprenant lorsque l’on sait que le taux d’activité des parents chute brutalement à partir du troisième enfant. Autre constat: la pauvreté touche davantage les enfants habitants dans des quartiers défavorisés. En 2011, 43% des 18-24 ans et 51% des moins de 18 ans résidant en zone urbaine sensible (ZUS) vivaient en dessous du seuil de pauvreté.

Des conséquences à moyen et long terme

La pauvreté a de multiples incidences sur la vie des enfants. «Beaucoup d’entre eux vivent dans des logements insalubres et surpeuplés, sont malnutris et peuvent développer des pathologies particulières», poursuit-elle. Une précarité qui peut aussi troubler la vie affective: «De plus en plus d’enfants sont placés dans des familles d’accueil en raison de la situation économique de leurs parents. Ils ont forcément plus de mal à grandir sereinement», explique Marie Derain.

La pauvreté se ressent aussi à l’école: «Le fait de ne pas avoir accès aux mêmes biens que les autres stigmatise les enfants pauvres. C’est la double peine. Et bien souvent, leurs résultats scolaires sont affectés par leur situation sociale», explique Jérôme Vignon, président de l’ONPES. «D’où un risque de décrochage scolaire accru», insiste-t-il.

Enfin, les conséquences d’une enfance pauvre peuvent se ressentir sur le long terme «car la pauvreté se transmet souvent de génération en génération. Si l’enfant n’obtient pas de diplôme, il aura du mal à trouver un emploi… C’est une spirale infernale», décrit Jérôme Vignon.

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