Matchs de l’Algérie: «Le traitement politique et médiatique de ces incidents est démesuré»

SÉCURITÉ Alors que les Fennecs s’apprêtent à rencontrer l’Allemagne, le sociologue Laurent Mucchielli analyse pour «20 Minutes» les incidents qui ont émaillé la qualification de l’Algérie pour les huitièmes de finale du Mondial…

Anissa Boumediene

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Aix en Provence le 13 décembre 2011 - Laurent MUCCHIELLI directeur de l'observatoire de la délinquance

Aix en Provence le 13 décembre 2011 - Laurent MUCCHIELLI directeur de l'observatoire de la délinquance — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Le match qui oppose l’Algérie à l’Allemagne va être placé sous haute surveillance. Après les incidents qui se sont produits à la suite de la qualification de l’Algérie pour les huitièmes de finales au Brésil, la fête avait tourné au vinaigre dans plusieurs villes françaises, où 74 personnes ont été interpellées pour des faits de violences. La présidente du Front national Marine Le Pen a aussitôt suggéré la suppression de la double nationalité. Du côté des forces de l’ordre, on se prépare, avec la mise en place d’un dispositif policier renforcé. Spécialisé dans les questions de violences urbaines, Laurent Mucchielli, sociologue du CNRS et directeur de l'Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux, livre à 20 Minutes son analyse…

Comment analysez-vous les violences commises en marge du match Algérie-Russie?

Ce sont des faits localisés et mineurs. 74 interpellations, ce n’est pas rien, mais ramenées à l’échelle du pays, ce ne sont que des incidents isolés. Les débordements en marge d’événements sportifs sont légion, c’est très classique, et cela ne concerne pas que les matchs de football disputés par l’équipe nationale d’Algérie. Ce type de problèmes peut se rencontrer dans d’autres pays européens et avec d’autres communautés.

A Marseille, très régulièrement à l’occasion de grands matchs, il y a des rassemblements festifs et familiaux dans le centre-ville et il n’est pas rare que ça dégénère en fin de soirée parce qu’un groupe d’ados alcoolisés vient provoquer les policiers. On parle de dizaines, voire de centaines de jeunes qui vont agir de manière stupide. Ces phénomènes ultra-minoritaires ne sont en rien représentatifs de ce que pensent et font la majorité des Français d’origine algérienne.

Que pensez-vous de l’annonce de Marine Le Pen de mettre fin à la double nationalité?

Déjà, le traitement politique et médiatique de ces incidents est démesuré. Toute la dérive du débat public consiste à généraliser et à stigmatiser une communauté du fait des agissements d’une infime minorité. On a là l’illustration du processus de lepénisation du pays. L’annonce de Marine Le Pen n’est pas étonnante, elle est typique de la récupération politique que fait l’extrême droite de ce genre d’incidents. Non seulement les jeunes dont il est question ne sont pas tous d’origine algérienne, mais quoi qu’il en soit, ils sont Français.

Les Algériens ou Français d’origine algérienne représentent la première vague d’immigration française avec 2,5 à 4 millions de personnes. On ne peut pas réduire une communauté si grande aux faits isolés de quelques centaines d’ados stupides.

La France est un pays d’immigration et pour toutes les immigrations, les jeunes qui en sont issus ont une double culture. On peut se sentir à la fois Français et Algérien. Mais ça, le Front national, animé par un mythe de purification, ne peut pas le comprendre.

Le renforcement du dispositif policier en vue du match Allemagne-Algérie est-il nécessaire?

Les gros matchs de football font régulièrement l’objet d’un déploiement important des forces de l’ordre, mais là cela me semble un peu disproportionné par rapport à l’ampleur des faits dans la réalité. Mais c’est assez logique, vu le battage médiatique qu’il y a eu, que le ministère de l’Intérieur veuille montrer qu’il prend les choses en main. Il ne veut pas se faire reprocher d’autres débordements.

Il risque de s’en produire, mais là encore, ce sont des incidents à la marge, qu’il faut se garder de surinterpréter et de monter en généralité.