Bernard Cazeneuve, le 19 juin 2013 à Paris.
Bernard Cazeneuve, le 19 juin 2013 à Paris. - Vincent Wartner / 20 Minutes

Après les difficultés pour passer le baccalauréat, celles du permis de conduire… En annonçant des mesures pour rabaisser les délais d’attente et les coûts pour obtenir le sésame rose, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, s’est heurté aux organisations syndicales des inspecteurs.

Ces derniers ont déposé un préavis de grève et prévoient ce mercredi de bloquer le passage des examens. Les inspecteurs menacent par ailleurs d’engager «une grève illimitée dès septembre» pour faire reculer le gouvernement. Le ministre de l’Intérieur défend sa réforme.

Les inspecteurs annoncent 10.000 examens annulés en une journée. Comprenez-vous leur mouvement?

Ma préoccupation est de créer des places d’examens supplémentaires pour les jeunes, afin qu’ils puissent passer plus rapidement leur permis de conduire, pour travailler et conquérir leur autonomie. Si l’objectif de la grève est inverse, bien entendu, je le regrette.

Les syndicats dénoncent «un passage en force»…

J’assume parfaitement ma réforme, qui est faite avant tout pour les jeunes, et pas contre les inspecteurs du permis ou les auto-écoles. Actuellement, les délais pour passer le permis, notamment pour ceux qui ne le réussissent pas du premier coup, sont trop longs et très disparates entre les territoires: jusqu’à 6 mois en Seine-Saint-Denis par exemple. Le surcoût engendré peut aller de 400 à 1.200 euros. Et pour beaucoup de jeunes, le permis de conduire est avant tout un permis de travailler.

Comment allez-vous baisser les délais?

En centrant le travail des inspecteurs sur le passage de l’épreuve pratique du permis auto, en les dégageant du contrôle de l’examen du code, et en simplifiant l’épreuve pratique.

Qui va surveiller l’examen du code?

Des réservistes de la gendarmerie ou de la police seront placés en renfort à partir de la semaine prochaine. Et à partir de 2015, ce sera un prestataire extérieur, qui sera agréé par l’Etat.

Un premier pas vers la privatisation?

Absolument pas. Il n’y aura pas de privatisation du permis de conduire, je m’y engage. Ce sont les inspecteurs du permis qui continueront à le faire passer. Ils seront toujours sous la responsabilité de l’Etat. Je m’engage aussi à ce que les effectifs d’inspecteurs, qui ont connu des évolutions à la baisse, ne diminuent plus.

Le prix du permis va-t-il baisser?

Je souhaite diviser par deux le délai moyen pour repasser le permis, en le ramenant de 98 jours en moyenne à 45 jours. Cela veut dire moins de leçons passées entre le premier passage et le second, soit une économie de 400 à 800 euros. Par ailleurs, pour passer son code aujourd’hui, un candidat acquitte à l’auto-école pour son inscription entre 50 et 70 euros environ. Je propose un tarif unique de 30 euros.

Réformer le code, c’est aussi changer les modalités de passage d’examen…

Il faut moderniser l’examen du code. A la place de diapositives un peu désuètes avec des questions pièges qui créent une relation anxiogène des jeunes à l’épreuve du code de la route, il faut utiliser des supports numériques, avec des questions intelligibles.

Pourquoi ne pas se former sur des simulateurs? Les pilotes d’avion les utilisent bien…

Pourquoi pas, mais c’est d’abord par la pratique réelle que l’on apprend à conduire. Je souhaite donc encourager la conduite accompagnée dès 15 ans, pour un passage du permis à 17 ans et demi, ce qui permettrait une économie de 500 euros en moyenne et une amélioration de la sécurité routière.

En zone urbaine, les jeunes utilisent peu la voiture. Et davantage les transports en commun où l’insécurité est une préoccupation…

La sécurité dans les transports en commun est une de mes priorités car elle concerne le quotidien de millions de Français. Ce matin [mardi, ndr], j’ai réactivé le conseil national de la sécurité dans les transports, qui se tiendra sous ma présidence tous les six mois pour faire des propositions concrètes.

Quelles pistes ont été évoquées pour améliorer la sécurité dans les transports en commun?

Nous allons permettre aux agents de la SNCF et de la RATP exerçant en civil de porter certains moyens de défense dont ils ne disposent pas encore. Bientôt, ils pourront aussi verbaliser les fraudeurs. La fraude coûte en effet des centaines de millions d’euros.

Faut-il déployer davantage de policiers dans les transports?

2.600 policiers et gendarmes sont déjà mobilisés pour sécuriser chaque jour environ 3.000 trains et lignes et plus de 3.500 gares et stations. Mon objectif est de renforcer les forces de sécurité là où nous en avons le plus besoin, comme sur la ligne du RER B, très fréquentée par les touristes, où nous avons renforcé la présence policière.

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