La mosquée Omar, rue Jean Pierre Timbaud à Paris.
La mosquée Omar, rue Jean Pierre Timbaud à Paris. - A. GELEBART / 20 MINUTES

Pour éviter les interceptions de mail, ils écrivaient directement dans la partie «brouillon» de la messagerie. De sorte qu’ils n’étaient pas obligés d’envoyer leurs messages pour dialoguer, réduisant ainsi le risque de se faire repérer sur Internet par les services anti-terroristes français. Le procès de quatre djihadistes soupçonnés de s’être rendus entre 2008 et 2011 sur une zone de combats pakistano-afghane, et de leur groupe de soutien logistique, s’est ouvert ce lundi après-midi devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Au cœur de cette filière, figure la mosquée Omar de la rue Jean-Pierre Timbaud (11e) et son quartier, décrit par les enquêteurs comme un «important lieu du salafisme radical». «Sa réputation est d’être fréquentée par des gens un peu radicaux. C’était surtout l’imam de la mosquée qui faisait des prêches radicaux», a reconnu ce lundi à la barre un des prévenus, soupçonné surtout d’avoir financé les départs grâce à un magasin de taxi-phone situé en face du lieu de culte.

L’arsenal du terroriste dans sa montre

C’est notamment autour de cette mosquée que les acteurs du dossier se sont rencontrés, croisés, ou ont été mis en contact. Parmi eux, Riadh Hennouni, 27 ans, barbe longue et cheveux bouclés, apparaît comme l’un des plus engagés dans la cause du djihad armé. C’est lui qui aurait entretenu des liens à son retour en 2010, via une messagerie commune avec Moez Garsallaoui, connu des services de renseignements pour avoir été un important recruteur d’Al-Qaida en Europe, avant d’être tué par un tir de drone américain en 2012 dans le nord du Pakistan.

Les policiers anti-terroriste pensent qu’il préparait des actes terroristes sur le sol européen. Tout comme Monahem Goujih, 34 ans, arrêté en Bulgarie en novembre 2011, sur qui il a été retrouvé, caché dans sa montre, une micro-carte informatique contenant des plans et des documents faisant état de l’arsenal du parfait terroriste.

«Djihad» n’est pas Français?

Face à ce scénario a priori bien ficelé de l’accusation, la défense des prévenus s’est attachée à contrefaire la mécanique de l’instruction. A l’ouverture du procès, un des avocats a déposé des demandes de nullités, mettant en avant la «trop longue» durée de détention provisoire de son client (quatre ans).

Il a par ailleurs remis en cause le terme de «djihad» utilisé par le juge d’instruction dans son ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel. «Ce n’est pas un terme présent dans la langue française», a-t-il fait valoir, opposant ainsi l’ordonnance de Villers-Cotterêts d’août 1539, édictée par François 1er, et imposant le Français comme langue officielle pour les actes de droit et administratifs, en lieu et place du latin.

«Djihad, littéralement, ça veut dire “un effort sur soi”. On reproche à mon client, dans les termes de la prévention, d’être parti faire le djihad. Je ne sais pas ce que c’est», a plaidé Me Arié Alimi, l’avocat de Riadh Hennouni. Le président du tribunal se prononcera sur ces demandes à l’issue des audiences, prévues pour durer jusqu’au 4 juillet.

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