Rentrée scolaire en collège. Rentrée scolaire au collège du pré gauchet, prés du quartier d affaire euronantes. NANTES, le 02/09/2010. Professeur, cartable.
Rentrée scolaire en collège. Rentrée scolaire au collège du pré gauchet, prés du quartier d affaire euronantes. NANTES, le 02/09/2010. Professeur, cartable. - FABRICE ELSNER / 20 MINUTES

En finir avec les heures de cours, les copies à corriger, les rendez-vous avec les parents d’élèves… Selon un sondage Ifop pour l’association SOS Education paru jeudi, 68 % des enseignants du secondaire ont déjà envisagé de changer de métier.

Un choix qui n’est pas si rare selon Rémi Boyer, Président de l’association «Aide aux profs», qui les épaule dans leur projet de reconversion. «Même si l’Education nationale communique peu sur le sujet, on sait qu’il y a environ 1.000 démissions par ans (primaire et secondaire confondus) et 5.800 mises en disponibilité pour convenance personnelle».

Un changement de cap qui renvoie à des situations très variées: «Certains enseignants ont envie de démissionner car ils se plaignent d’une hiérarchie trop coercitive, d’autres sont usés par le métier, ou ont l’impression de ne pas pouvoir bien l’exercer dans les conditions actuelles», indique Rémi Boyer. Des syndromes qui toucheraient selon lui, davantage les enseignants qui exercent en zone d’éducation prioritaire et les remplaçants. Pour leur seconde carrière, les ex-profs choisissent souvent des métiers dans lesquels ils peuvent exploiter certaines des compétences qu’ils ont acquises: «Ils deviennent formateurs dans des entreprises privées, coachs, psychothérapeutes, orthophonistes…», décrit-il.

De prof… à psychothérapeute

Jean-Marc, 36 ans, a fait un tout autre choix de carrière. Après avoir été prof de maths pendant 12 ans en lycée, il a passé le concours de contrôleur des finances publiques qu’il a décroché. «J’avais envie de rester dans la fonction publique et j’ai rencontré des personnes qui exerçaient dans ce domaine et qui m’ont semblé épanouies dans leur travail», raconte-t-il. Il démarrera sa deuxième vie professionnelle en octobre prochain, lorsque son détachement sera effectif.

Un soulagement pour lui, qui est actuellement en arrêt de travail. «Il ne m’est psychologiquement plus possible de faire cours. Car je suis très découragé par le système scolaire actuel, qui n’a pas su évoluer en même temps que la société». Jean-Marc explique aussi avoir quitté l’Education nationale, car ses conditions d’exercice «se détérioraient à vue d’œil. J’avais chaque année toujours plus de classes à gérer et plus d’élèves dans chacune d’elles. J’ai ressenti l’urgence d’aller voir ailleurs».

Alix, 42 ans, professeur de français en lycée depuis 15 ans, s’apprête aussi à changer de vie. «Je fais passer les épreuves du bac et après j’arrête», annonce-t-elle avec le sourire. «J’ai toujours su que je ne ferais pas ce métier toute ma vie, et j’ai toujours eu envie d’être psychologue. Mais je pensais qu’il fallait acquérir une certaine maturité avant de me lancer». Pour autant, Alix ne regarde pas avec amertume derrière son épaule: «J’ai beaucoup aimé être prof, enseigner ma matière, être en contact avec des adolescents, gérer des groupes… Mais je ne voulais pas devenir une prof usée, ce qui aurait nui autant aux élèves qu’à moi».

Pour réaliser son projet de reconversion, Alix a dû le planifier à long terme. «J’ai suivi une formation de psychologue lors de mes congés parentaux et de mes vacances. Puis j’ai démarré doucement mon activité en octobre tout en continuant à enseigner». Pour assurer ses arrières, Alix a pris une disponibilité pour convenance personnelle pendant un an: «Ça me laisse le temps de voir si mon nouveau métier me convient bien», explique-t-elle.

Un retour en arrière pour Julie

De son côté Julie, 31 ans, a fait un choix plus radical. Elle a démissionné de l’Education nationale au bout de seulement trois ans d’exercice. Après avoir commencé sa vie professionnelle dans une agence de publicité, elle a passé son Capes d’espagnol à 27 ans. «J’avais une passion pour l’Espagnol et une forte envie de l’enseigner. Je suis donc devenue prof remplaçante. Ma décision d’arrêter ce métier est venue lorsque je me suis rendu compte que je n’aurais pas de poste fixe avant longtemps. Et lors de ma dernière année d’exercice, j’étais affectée dans trois collèges et j’avais plus de trois heures de transport par jour, c’était usant. Dans ces conditions, c’était impossible de m’intégrer dans une équipe pédagogique et de peaufiner mes cours», confie-t-elle.

Julie avoue aussi avoir «mal supporté le fait d’être peu considéré socialement» et avoir eu l’impression «d’être un pion». Grâce à son réseau professionnel dans le privé qu’elle a su entretenir, la jeune femme a finalement retrouvé un poste en agence de communication. «Ça me sert d’avoir été prof, car je sais faire de la pédagogie et bien m’exprimer à l’oral lors des réunions!».

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