Allaitement en public: «Non, les gens ne trouvent pas forcément ça mignon»

TÉMOIGNAGES Allaiter au supermarché ou à la piscine, trop facile?...

Christine Laemmel

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Une femme allaite son enfant pendant une manifestation au Costa Rica en 2013

Une femme allaite son enfant pendant une manifestation au Costa Rica en 2013 — HECTOR RETAMAL / AFP

«Tout le monde sait que les jeunes mères sont exhibitionnistes.» Comme le chante avec sarcasme Juliette Moody, ukulélé posé sur sa poitrine nue, dégainer son sein à la Poste ou chez le boucher, pour allaiter son bébé, relèverait pour certains de l’indécence. Alors qu’Anglaises, Québécoises, Australiennes, ou dernièrement Texanes, revendiquent leur droit d’allaiter en public, est-ce si compliqué que ça de sortir son sein nourricier en dehors de chez soi? Réponse avec les internautes de 20 Minutes.

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«Tu veux un coup de main?»

Pauline a tenu quatre mois. A tirer son lait deux fois par jour dans une petite salle de réunion de son entreprise de transport maritime. «Je suis la seule de ma boîte à l’avoir fait», précise-t-elle, revenant sur l’étonnement général quand elle est rentrée de congé maternité. «Je ne me voyais pas faire ça dans les toilettes et puis, il n’y avait pas de prise de courant.» Une fois dans la matinée et une fois dans l’après-midi, Pauline passait réclamer pour une dizaine de minutes, les clés d’une salle «quand elle n’était pas déjà occupée». Traversant les couloirs avec sa «caisse à outils» et stockant dans le réfrigérateur commun, dans des sacs isothermes «pour ne déranger personne», ses réserves de lait. Raté, elle récupérait les remarques de ses collègues mâles les plus téméraires. «Tu veux un coup de main?» rapporte-t-elle deux ans plus tard.

«Pas très correct vis-à-vis des clients»

Rompue aux «gros yeux» outrés, la plupart des mères préfèrent alors se cacher. Lucette soulève «juste un peu» son pull, là où Audrey utilise «une couverture bébé». Mais dans les magasins, c’est cabine d’essayage ou voiture. Ludivine a bien tenté d’allaiter sa fille installée dans son écharpe de portage, en continuant sa balade dans un magasin de vêtements lillois bien connu. Elle a très vite été stoppée par un vendeur, «pas très correct vis-à-vis des clients», aurait-il argué. Dommage, Ludivine faisait sa première sortie après trois mois d’enfermement post-accouchement. Quelques jours après, elle passe aux biberons. «Je me suis sentie humiliée, se souvient la jeune femme, je ne me voyais pas rester chez moi H24.»

«En France, on est encore à l’âge de pierre»

Un an plus tard, alors qu’elle déménage en Italie, c’est la libération. Dans plusieurs enseignes, elle découvre des espaces réservés à l’allaitement. Table à langer, fauteuil, coussin d’allaitement, chauffe-biberon, tire-lait. Le tout dans plusieurs «cabines» à l’abri des regards. Comme au Québec, où Pauline a vécu pendant 10 mois, c’est avant tout une question de mentalité. Chez nos cousins où la Leche League, lobby pro-allaitement, a infusé les mœurs, comme chez nos voisins, où les «traditions» dont celle de la mère allaitante, sont plus pugnaces, la pratique est normalisée et même souvent encouragée. «En France, on est encore à l’âge de pierre», réplique Pauline.

«Est-ce trop compliqué de couvrir son enfant pendant qu’il tète?»

Une ère où Sélène, autre internaute, reconnaît être «dégoûtée» par la vue d’un allaitement. «Ce qui me dérange le plus, c’est cette sorte d’obligation, lâche-t-elle. On est dans le bus, le gamin braille et paf nous voilà avec un marmot en train de téter à 30 cm de nous de bon matin.» Admettant «l’acte d’amour», mais exigeant le «respect des sentiments d’autrui», elle assène que «non, les gens ne trouvent pas forcément ça mignon, non, les lieux publics ne sont pas destinés à l’allaitement. Est-ce trop compliqué de couvrir son enfant pendant qu’il tète?» Tout le monde sait que les Français sont pudiques.

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