Une Femen à l'église de la Madeleine le 20 décembre 2013.
Une Femen à l'église de la Madeleine le 20 décembre 2013. - THOMAS SAMSON / AFP

N’en déplaise à Georges Fenech, les Femen ne sont pas un mouvement à caractère sectaire. C’est la réponse qu’a apportée ce jeudi la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) au député UMP dans un courrier que 20 Minutes s’est procuré.

Le 10 février dernier, l’élu avait saisi la Miviludes au sujet des Femen. Dans sa lettre, il accusait le groupe féministe de «se livrer à des actions spectaculaires qui s’apparentent à des pratiques à caractère sectaire» via la «contestation violente de l’ordre social» et de «l’ordre religieux établi», la «profanation de lieux de cultes, selon des méthodes répandues dans les mouvements satanistes», des «menaces contre les institutions, et en particulier le chef de l’Etat», et des «attaques répétées contre la laïcité». Ce farouche opposant au mariage homosexuel, qui n’avait sans doute pas apprécié que des Femen aient mené une action lors d’une manifestation contre le Mariage pour tous, appelait la Miviludes à donner sa position sur ce groupe, et les «initiatives qu’elle pourrait prendre, telle que [sa] dissolution». Georges Fenech connaît très bien le sujet puisqu’il est lui-même ancien président de la Miviludes et actuel président du groupe d’études sur les sectes à l’Assemblée nationale.

Critères d’appréciation de la dangerosité

Après examen, la Miviludes a envoyé sa réponse ce jeudi au député. Georges Fenech est renvoyé dans ses cordes. Le document mentionne d’abord le statut associatif des Femen, et le fait que le groupe se soit manifesté «à plusieurs reprises sur la voie publique d’une manière qui a pu choquer une partie de l’opinion». Il rappelle ensuite que François Hollande avait dénoncé le 14 janvier des «actes antichrétiens», et que le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, avait fait part de sa «consternation» après la «provocation inutile» des Femen à l’église Notre-Dame.

Ces critiques et dénonciations publiques des actions des Femen jusqu’au sommet de l’Etat ne sauraient conforter pour autant les accusations de Georges Fenech, fait remarquer la Miviludes au député et «cher collègue». «Comme vous le savez, la Miviludes procède à l’observation et à l’analyse [des différentes entités] par l’intermédiaire d’outils méthodologiques tels que ‘’critères d’appréciation de la dangerosité’’, et ‘’indices de perception des dérives’’ […]», rappelle-t-elle. Parmi ces derniers: «la déstabilisation mentale, le caractère exorbitant des exigences financières, la rupture avec l’environnement d’origine, l’existence d’atteintes à l’intégrité physique, le discours antisocial, les troubles à l’ordre public», ou encore «l’embrigadement d’enfants» et «l’importance des démêlés judiciaires».

»> Lire l’interview de Serge Blisko, président de la Miviludes

«Pas de faisceaux d’indices suffisants»

Outre ces critères, la Miviludes «travaille sur le recueil de plaintes et l’analyse de la situation. Or, à ce jour, la mission n’a pas reçu de signalements relatifs au mouvement des Femen», précise-t-elle. Conclusion: «La Miviludes ne dispose pas de faisceaux d’indices suffisants, pour le mouvement dit Femen, lui permettant d’arriver aux mêmes conclusions que vous, mais nous restons bien entendu vigilants».

Quant à la demande de dissolution des Femen, la réponse n’en fait pas mention car, comme le sait pourtant Georges Fenech pour avoir présidé la Miviludes de 2008 à 2012, une dissolution ne relève pas des compétences de cette dernière, mais se décide en Conseil des ministres, sur rapport du ministre de l’Intérieur.

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