[3ème volet] Les escrocs de la fraude à la taxe carbone: Ceux qui sont morts

CARAMBOUILLES – «20 Minutes» plonge au cœur de la Carbone Connexion…

William Molinié

— 

C'est devant le palais des congrès de la Porte Maillot que Samy Souied a été tué le 14 septembre 2010.

C'est devant le palais des congrès de la Porte Maillot que Samy Souied a été tué le 14 septembre 2010. — DURAND FLORENCE/SIPA

Il n’y a pas un profil type du fraudeur à la taxe carbone. Premiers couteaux, hommes de paille, victimes collatérales… Certains sont d’anciens escrocs reconvertis, d’autres se sont fait la main en solitaire, depuis un cybercafé. Des grossistes du quartier du textile parisien jusqu’aux membres de mafias d’Europe centrale, la «carbone connexion» tisse son réseau jusqu’en Israël, Dubaï, voire même Hong Kong. Avec parfois des alliances détonantes et inédites… 

Cette escroquerie qui consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays de l'Union européenne, puis de les revendre en France à un prix incluant la TVA, sans jamais reverser celle-ci à l'Etat, a permis de détourner près de deux milliards d’euros en France en 2008 et 2009. Au niveau européen, on parle de montants pouvant s’élever jusqu’à cinq milliards. Un pactole colossal, amassé en un temps record, que la justice peine à récupérer.

Alors que s’ouvre en appel, ce jeudi, le procès du dossier Nathanaël, 20 Minutes dresse le portrait de quelques acteurs directement impliqués ou périphériques à cette vaste fraude…

Ce troisième volet s’intéresse à ceux qui sont morts.

> Lire le premier volet, ceux qui ont été arrêtés…
> Lire le deuxième volet, ceux qui sont en cavale…

Amar Azzoug, l’ancien dealer des Champs-Elysées.

Il est tué le 30 avril 2010 alors qu’il entre dans le bar-restaurant «Au Bois Doré», avenue Alphand à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Selon nos informations, les deux individus qui lui tombent dessus sont cagoulés et portent des gilets estampillés «Police». Azzoug, dit «Amar les yeux bleus»,  décède sur place. Les deux tireurs rejoignent un complice, resté à l’extérieur du commerce. Tous trois s’emparent alors d’un «colis», se trouvant dans une fourgonnette – qu’ils incendient –, stationnée à proximité, avant de prendre la fuite vers le périphérique.

Avant de s’intéresser aux millions du CO2, Amar Azzoug était connu des services de police comme ancien braqueur et dealer de cocaïne et de cannabis à destination des quartiers chics de la capitale, notamment les Champs-Elysées. Selon nos informations, il bénéficiait d’un train de vie élevé, «résidant dans un appartement de grand standing, fréquentant les établissements de nuit huppés parisiens et circulant en Porsche cabriolet». Peu avant sa mort, il avait déposé des mains courantes au commissariat de Vincennes pour évoquer des menaces, provenant d’un certain Samy Souied.

 Extrait d'un rapport de police. W. M./20 Minutes.

Samy Souied, l’ex-caïd des hippodromes.

Le 14 septembre 2010 à 20h, Place Maillot (17e), Samy Souied est assassiné par deux individus en scooter dont l’un d’entre eux fait feu à six reprises, le blessant mortellement à la poitrine et à l’épaule. Ils étaient bien rencardés puisque leur cible venait tout juste de rentrer de Tel Aviv et devait y repartir dès le lendemain, ni intéressés par l’argent puisque près de 300.000 euros ont été retrouvés dans le top-case d’un scooter stationné à proximité, que Samy Souied, 45 ans, avait semble-t-il utilisé.

Cet ancien gamin de Belleville s’était fait d’abord fait connaître lors du démantèlement en décembre 2003 par la brigade de recherches et d’investigations financières (Brif) du réseau d’escroquerie dites «aux régies publicitaires». A sa sortie de prison, il avait fait parler de lui dans le cadre d'une vaste affaire de blanchiment d'argent en lien avec le milieu des courses hippiques, lui valant le surnom de «caïd des hippodromes».

Il est soupçonné d’avoir ensuite «touché» au gâteau du carbone. Peu avant de mourir, il aurait confié à des proches qu’il se sentait menacé depuis l’assassinat d’Amar Azzoug, quelques mois plus tôt. Pour ces deux enquêtes, la brigade criminelle, qui a bien du mal à faire toute la lumière, est saisie.

Serge Lepage et Claude Dray: Des morts périphériques, peut-être liées aux millions du CO2?

Le premier est le fils de Michel Lepage, l’emblématique figure du «gang de la banlieue Sud» à Paris. Le second est un richissime collectionneur d’œuvres d’art. Aucun lien entre les deux si ce n’est qu’ils ont tous les deux été assassinés, respectivement en janvier 2009 à son domicile de l’Essonne et en octobre 2011 dans sa luxueuse villa de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Serge Lepage, 37 ans, aurait pu être, selon les enquêteurs, utilisé pour protéger les millions d’euros amassés et générés par les escrocs de la fraude à la taxe carbone, avant d’être tué dans ce qui ressemble à un règlement de compte.

Quant à Claude Dray, qui avait fait fortune dans l’hôtellerie de luxe et l’immobilier, lui aussi est indirectement relié à l’escroquerie du CO2. La connexion se fait par son ancien gendre, qui est la dernière personne a avoir parlé à Samy Souied avant d’être tué, Porte Maillot.

Mots-clés :

Aucun mot-clé.