Capture d'écran Complément d'enquête - France 2.
Capture d'écran Complément d'enquête - France 2. - 20 MINUTES

Il n’y a pas un profil type du fraudeur à la taxe carbone. Certains sont d’anciens escrocs reconvertis, d’autres se sont fait la main en solitaire, depuis un cybercafé. Des grossistes du quartier du textile parisien jusqu’aux membres de mafias d’Europe centrale, la «carbone connexion» tisse son réseau jusqu’en Israël, Dubaï, voire même Hong Kong. Avec parfois des alliances détonantes et inédites

Cette escroquerie qui consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays de l'Union européenne, puis de les revendre en France à un prix incluant la TVA, sans jamais reverser celle-ci à l'Etat, a permis de détourner près de deux milliards d’euros en France en 2008 et 2009. Au niveau européen, on parle de montants pouvant s’élever jusqu’à cinq milliards. Un pactole colossal, amassé en un temps record, que la justice peine à récupérer.

Alors que s’ouvre en appel, ce jeudi, le procès du dossier Nathanaël, 20 Minutes dresse le portrait de quelques acteurs de cette vaste fraude…

Ce premier volet s’intéresse à ceux qui ont été arrêtés.

> Lire le deuxième volet, ceux qui sont en cavale…
> Lire le troisième volet, ceux qui sont morts…

Stéphane Alzraa, l’homme qui gâtait le policier Neyret

Capture d'écran Complément d'enquête/France 2

A Lyon et à Cannes, il a été aperçu à bord de voitures de luxe à plusieurs reprises. Il prêtait d’ailleurs ses grosses cylindrées à Michel Neyret, l’ancien numéro 2 de la PJ lyonnaise suspecté de corruption contre des renseignements relatifs aux acteurs de la fraude aux quotas de CO2. L’homme d’affaire est mis en examen dans ce dossier ainsi que dans deux autres concernant la fraude à la taxe carbone, l’un à Paris, l’autre à Lyon. Il louait une villa à 12.000 euros par mois dans l’arrière-pays cannois. En octobre 2013, les policiers qui l’avaient placé sur écoute se sont rendus compte que depuis sa cellule, il avait organisé le rapatriement d’affaires, revendus dans la foulée.

Cyril Astruc, le «gros poisson»

Cyril Astruc apparait dans un article de la presse israélienne où il est question d'un accident avec sa Ferrari bleue... DR

Des sources proches du dossier pensent qu’il s’est rendu à la police française parce qu’il n’était plus en sécurité en Israël. Interpellé au début de l’année à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle alors qu’il rentrait en France, Cyril Astruc, surnommé «Poulet», est présenté comme un «gros poisson» de cette fraude par les enquêteurs. D’ailleurs, la fraude belge lui serait attribué dans sa quasi-totalité (70 millions d’euros). Selon nos informations, on le retrouve dès le début des années 2000 dans un trafic international de cocaïne dont il était chargé de la logistique du réseau: fourniture de faux papiers, voitures de luxe, téléphones portables sécurisés, location d’appartements servant de caches… Il faisait l’objet de quatre mandats d’arrêt, notamment pour escroquerie à la taxe carbone en France et en Belgique, corruption dans l’affaire Neyret, et trafic de stupéfiants. Lors de son arrestation à l'aéroport parisien, il portait une montre d'une valeur de 330.000 euros.

Claude Bauduin, l’homme de paille jugé en Allemagne

Lui, il s’est fait repérer sur le marché allemand. Ce retraité de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), ancien gérant de théâtre, a été condamné fin 2011 à trois ans de prison par un juge de Francfort pour une affaire de fraude à la taxe carbone portant sur 10 millions d’euros. Il s’est toujours défendu d’avoir été au coeur de la carambouille. Et fait porter le chapeau à Yannick Dacheville, aujourd’hui en fuite (lire ici), qu’il a présenté comme étant le commanditaire. Selon lui, il se serait fait manipuler en acceptant 10.000 euros contre la création à son nom d’une société à Hambourg. Laquelle aurait été utilisée par Dacheville pour multiplier les opérations douteuses sur le marché du carbone. Après deux ans de prison, il est sorti de prison et n'est plus en détention.

Grégory Zaoui, le précurseur de la fraude

Il est présenté par Marius-Christian Frunza, auteur de «Fraud and Carbon Markets: The Carbon Connection», comme l’un des tous premiers acteurs de la fraude sur le marché parisien, et sans doute le premier cerveau de la fraude à la française. C’est aussi l’un de ceux qui a été arrêté parmi les premiers. Il est un ami proche de Fabrice Sakoun, en fuite (lire ici), avec qui il a partagé une cellule à la prison de la Santé, pourtant censée protéger les échanges d’informations. Il est aujourd'hui libre.

Mardoché Mouly, alias Marco, le pro du montage opaque

Il a été discrètement interpellé fin avril 2013 à Paris et placé en détention à Nanterre (Hauts-de-Seine). Cet ami proche de Samy Souied (lire ici), assassiné Porte Maillot, s’était déjà illustré dans des escroqueries. Selon un rapport de police que 20 Minutes a consulté, il avait, entre autres, été mis en cause dans une enquête portant sur une société spécialisée dans la téléphonie mobile «dont les comptes étaient susceptibles d’abriter d’importantes sommes d’argent provenant d’infractions financières réalisées avec d’autres entreprises, dont certaines installées à l’étranger». Les enquêteurs avaient d’ailleurs relevé des transferts de fonds, s’élevant à 1 million d’euros, entre lui et Samy Souied, par l’intermédiaire d’un certain Dan B., dit «Petit frère».

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