Jérôme Kerviel et son avocat David Koubbi ont rencontré le Pape François au Vatican, le 19 février 2014.
Jérôme Kerviel et son avocat David Koubbi ont rencontré le Pape François au Vatican, le 19 février 2014. - COMITE SOUTIEN JEROME KERVIEL
* Vincent Vantighem

Il a déjà les «pieds en sang». Sa détermination, elle, est intacte. Selon nos informations, Jérôme Kerviel s’est lancé, lundi 24 février, dans un grand périple à pieds entre Rome et Paris. Condamné à cinq ans de prison dont trois ferme et à rembourser 4,9 milliards d’euros à la Société Générale, l’ancien trader s’est lancé dans cette aventure après avoir rencontré le Pape François au Vatican le 19 février.

«Le souverain pontife a été touché par la lettre que Jérôme Kerviel lui a adressée, explique un de ses proches qui a assisté à la rencontre au Vatican. Il l’a donc vu. Ils ont discuté de la tyrannie des marchés. Ce n’est qu’après qu’il a décidé de rentrer à pieds à Paris.»

Un périple de 1.400 kilomètres environ

La Storta, Bracciano, Vetralla, Viterbo: l’ancien trader a prévu, avec l’aide de son comité de soutien, des étapes de 15 à 30 kilomètres chaque jour. «Il a quelques affaires et presque pas d’argent, confirme David Koubbi, son avocat. Il fait face au mieux…» Dans son sac à dos: un rosaire offert par le Saint Siège et béni par le Pape qu’il va offrir à sa mère à son arrivée.

En attendant, le natif de Pont-L’abbé (Finistère) compte dormir chez l’habitant au gré des rencontres qu’il pourra faire sur une route longue de 1.400 kilomètres environ entre les deux capitales. Mardi soir, il devait ainsi arriver à San Quirico d’Orcia après avoir parcouru 27 kilomètres depuis Abbadia San Salvatore au beau milieu de la Toscane.

«L’attraction du néant»

Si Jérôme Kerviel dit s’être «éloigné» de la foi chrétienne, il s’en remet tout de même à la justice divine après avoir été «déçu» par la justice des hommes. «Je viens vers Vous sans autre espoir que celui d’interroger la justice de Dieu et de solliciter Son représentant sur Terre à se pencher sur mon sort», a-t-il ainsi écrit au Pape dans sa lettre que 20 Minutes a pu consulter.

Si son métier de trader l’a «égaré», le trentenaire rappelle également dans ce courrier qu’il est «baptisé» et surtout qu’il est désespéré. «Les épreuves qu’il m’est désormais imposé d’affronter son trop énormes pour que je puisse envisager de les surmonter (…). L’attraction du néant et d’une solution radicale grandit en moi

«Il n’est pas en fuite»

«Condamné à tort» selon lui, l’ancien trader sait bien qu’il risque de retourner en prison prochainement. Le 13 février, l’avocat général près la Cour de cassation a demandé le rejet de son pourvoi, ultime recours avant qu’il ne soit incarcéré pour purger sa peine de trois ans. La décision doit être rendue le 19 mars.

Selon son avocat, Jérôme Kerviel devrait passer environ deux mois sur la route. «Il ne sera donc pas présent devant la Cour de cassation le 19 mars. Il n’est pas en fuite. Mais si le parquet décide de le renvoyer en prison, il faudra d’abord aller l’arrêter là où il se trouve…»

Des plaintes et une expertise en suspens

Condamné en première instance et en appel, Jérôme Kerviel réclame toujours qu’une «expertise indépendante» soit ordonnée afin de connaître le montant exact des pertes subies par la Société Générale dans l’affaire qui porte son nom. Dans ce combat, il a reçu le soutien de plusieurs personnalités politiques comme Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly ou Marie-Noëlle Lienemann.

Il a également déposé plainte pour «faux et usage de faux» et «escroquerie au jugement». «Nous attendons toujours qu’un juge d’instruction soit nommé», déplore son avocat.