Burn-out des professionnels de santé: «Si nous abandonnons, qui va nous remplacer?»

TÉMOIGNAGES es internautes qui travaillent dans le secteur médical confient leur épuisement, leur agacement...

Christine Laemmel & Cédric Garrofé

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PFG/SIPA

Infirmière ou chirurgien, en hôpital ou en libéral, l’épuisement n’épargne aucun des métiers du monde hospitalier. Pointé par L’union française pour une médecine libre (UFML), le burn-out des professions médicales est l’occasion d’un «mardi noir». Sollicités par 20 Minutes, les internautes ont été nombreux à envoyer leurs témoignages.

>> Professionnel de santé, vous êtes en situation de dépression ou d'épuisement à cause de votre travail? Continuez à nous raconter votre situation dans les commentaires ci-dessous...

Véro, 52 ans, aide-soignante dans un établissement pour personnes âgées: «Je ne dors plus qu’avec des cachets»

«Manque de personnel, manque de reconnaissance, ras le bol général, direction bornée qui siège dans son bureau. Souffrance, épuisement. J’ai 15 toilettes à faire en quatre heures soit 16 minutes par résident. On accueille des personnes en fin de vie car il "faut remplir". Il faut faire manger deux résidents à la fois par manque de temps et les manipulations et transferts fauteuils / lits à faire seule. Où est le respect de la personne âgée? Bien entendu, on a les familles sur le dos, mécontents et il y a de quoi. Je déconseille ce métier à aux plus jeunes. Je ne dors plus qu’avec des cachets, j’ai mal au dos et je pars au travail à reculons.

Laura, 25 ans, infirmière en milieu psychiatrique: «On réduit les effectifs au détriment du soin»

«Une de mes collègues a dû être mise sous antidépresseurs, un autre a tenté de se suicider, une vient tout juste de faire un burn-out. Lorsqu'on travaille dans le milieu de la santé ça a un côté gratifiant, mais la réalité du terrain fait qu’on l’oublie vite. Les horaires instables nous limitent au niveau familial ou social, je ne travaille pas un week-end complet toutes les six semaines. Ça épuise l’organisme. Il y a aussi l'insécurité et la violence, combiné à la pression mise par la hiérarchie, les patients ou les familles, sans oublier leur manque de respect quotidien. La prise en charge des patients est de moins en moins bonne car on réduit les effectifs pour faire des économies, on augmente les lits dans les services pour plus de rendement, on multiplie le travail papier pour se couvrir en cas de plainte, tout cela au détriment du soin. Alors quelle solution? Pour moi ça a été de consulter un psy en dehors de mon travail, la prise d'un traitement anxiolytique en cas de besoin et d'hypnotique pour retrouver un rythme de sommeil, mais je réfléchis fortement à une reconversion.»

Sophie, orthophoniste en zone rurale: «Un matin on ne peut pas sortir de son lit et on demande pourquoi»

«Seule dans mon cabinet j'effectue des journées de dix heures auxquelles il faut rajouter les taches administratives nombreuses et variées. Il est très stressant , en plus de mes heures , de devoir faire face à une demande démultipliée pour lesquelles je ne peux faire face et arriver à expliquer à des parents désemparés que je ne pourrais pas donner suite avant un an. La situation empire chaque année un peu plus, nombre de collègues partent pour des secteurs moins chargés et je reste dubitative quant aux années qui viennent sur l'offre de soins. Tous les jours je pense qu'il faut que je tienne, que je continue, que ça ira mieux après mais en fait combien de temps peut-on tenir à ce rythme? Je suis maman de trois enfants et l'impression très nette de passer à côté d'eux quand je pars à 7h le matin et rentre vers 21h , nos communications se font par SMS , c'est moderne mais non satisfaisant. Le burn-out n'est pas loin. Pour avoir connu un épisode il y a quelques années , je sais que ça ne prévient pas , un matin on ne peut pas sortir de son lit et on se demande pourquoi. A l'époque l'hospitalisation a été indispensable et obligatoire.» 

Cham, infirmière en milieu psychiatrique: «Je suis perçue comme une machine» 

«Aujourd’hui, je suis perçue comme une machine, qui doit être productive et se taire. Alors je suis fatiguée et je souffre. J’ai voué ma vie à cette profession, comment pourrais-je faire autre chose? C’est dommage car il ne faudrait pas grand-chose pour que nous retrouvions le sourire. Mais voilà, la logique économique et le pouvoir managérial sont plus importants. Quelle désolation…»
 

Boborse, urgentiste: «Si nous abandonnons, qui va nous remplacer?»

«Pour nous faire payer nos heures supplémentaires nous devons constamment nous battre. Nos salaires sont très faibles dans la fonction publique alors que nos responsabilités sont énormes. Il ne faut pas oublier que nous avons des vies entre nos mains. De plus en plus de patients sont difficiles à gérer. Certains sont agressifs, autant verbalement que physiquement. Nous sommes toujours sous haute tension, même lorsque nous rentrons chez nous. Nos vies sociales et celles de nos proches sont impactées. Mais si nous abandonnons, qui va nous remplacer?»
 

Estelle, 23 ans, infirmière dans un service d’urgence : «Dans mon service, la moitié du personnel est en burn-out» 

«J’adore mon travail mais il dégrade clairement ma santé. Je suis en dépression et je fais des crises d'angoisse. Et pour dormir, j’ai recours à des  hypnotiques. Nous changeons d’horaires ne sont jamais fixes et les conditions de travail très difficiles. Dans mon service, la moitié du personnel est en burn-out et personne ne s’en soucie. Alors nous prenons sur nous, jusqu’à ce que notre émotivité se déverse sur un patient. C’est honteux car c’est lui le dernier maillon de la chaîne. Et son droit c’est quand même d’être soigné dans de bonnes conditions.» 
 

 

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