Illustration du fort de Vaujours, au nord de la Seine-Saint-Denis.
Illustration du fort de Vaujours, au nord de la Seine-Saint-Denis. - Christophe Nédélec

«Ils n’ont pas fait Moruroa à 15 km de Paris», reconnaît Christophe Nédélec. Mais les riverains du fort de Vaujours n’en sont pas moins inquiets. En cause: le projet de Placoplatre de transformer le fort désaffecté depuis 1997 en carrière de plâtre à ciel ouvert. Car ce site, à cheval entre Courtry (Seine-et-Marne), Coubron et Vaujours (Seine-Saint-Denis) fut le berceau de détonateurs d'armes atomiques de 1955 à 1997. «Pendant quarante ans, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) a fait 4 à 8 explosions par jour à l’uranium appauvri… avec un rayonnement de la pollution de l’air difficile à déterminer, plaide Christophe Nédélec, membre du collectif d’associations Sauvons la Dhuis. Placoplatre va démolir les bâtiments, et remuer en tout 4 millions de m2 de terre où ont été enfouis les déchets. Même dans le plâtre il risque d’y avoir des tonnes d’uranium…»

Un relevé de radioactivité 33 fois supérieur

Car la question de la dépollution du fort reste entière. Selon une récente étude de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), «l’analyse des échantillons de sols, roches et eau n’a pas mis en évidence la présence d’uranium en excès important dans les prélèvements». Mais l’IRSN reconnaît aussi que «les analyses radiologiques […] ne constituent pas un état radiologique du site permettant une évaluation d’un risque sanitaire éventuel induit pour les populations riveraines.» Pour Christophe Nédélec, il ne fait aucun doute. «J’ai fait des mesures de radioactivité sur un point en 2011 qui a révélé un taux 33 fois plus important que la norme.»

Taux anormaux de décès liés aux tumeurs à Courtry

Un risque sanitaire d’ampleur selon les associations qui combattent le projet depuis plus de dix ans. Des sénateurs socialistes, écologistes et Front de Gauche relaient désormais ces inquiétudes. Une étude épidémiologique de l’agence régionale de santé (ARS) pointe en 2012 des taux anormaux de décès liés aux tumeurs à Courtry: 52% chez les hommes contre 35% en Ile-de-France et 49% chez les femmes contre 28% en Ile-de-France.

«Dans les années 2000, j’ai constaté que beaucoup de mes patients étaient atteints de pathologies thyroïdiennes, raconte Ludovic Toro, médecin généraliste à Coubron. En revanche, on ne peut pas avancer un lien entre l’éventuelle pollution du site et ce taux important de tumeurs. J’ai fait une demande à l’ARS et au ministère de la Santé pour qu’une étude épidémiologique soit menée également à Coubron et Vaujours.»

«Il faut rétablir la confiance»

Une requête appuyée par le maire de Courtry, Jean-Luc Pilard. Pour lui, «la pire des choses serait qu’on laisse le fort à l’abandon. Dans ce dossier, il faut rétablir la confiance. Mais évitons le procès d’intention et laissons les professionnels faire les études scientifiques nécessaires. La commune a voté une motion demandant la levée du secret défense pour que toute la lumière soit faite sur ce site.»

A quelques semaines des élections municipales, la mobilisation reprend de plus belle, avec une pétition signée par 79.000 internautes et une manifestation prévue samedi à Coubron. «Ce qu’on veut, c’est la vérité sur les risques de pollution des nappes phréatiques, sur l’air des riverains. Comment peut-on imaginer un projet de cette ampleur avec autant d’inconnus?», s’emporte Christophe Nédélec.

Un état des lieux assaini

De son côté, Placoplatre rappelle qu’il reste encore trois ans d’études. «On envisage de démarrer le chantier en 2017, mais quels que soient les travaux, nous garantirons une sécurité absolue pour nos équipes, comme pour les riverains», promet Gilles Bouchet, responsable des carrières chez Placoplatre. Les études menées par le CEA donnent un état des lieux assaini», reprend celui qui regrette les «fausses rumeurs sur ce chantier de dépollution et de reconversion d’une friche industrielle». Mais face à la lever de boucliers, l’entreprise a ouvert un point d’information à l’usine de Vaujours depuis le 1er février. En espérant que ces efforts de transparence feront taire les doutes.

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