Appel à manifester pour dimanche 26 janvier 2014. Photo prise mardi 21 janvier au soir à la station de métro de Madeleine.
Appel à manifester pour dimanche 26 janvier 2014. Photo prise mardi 21 janvier au soir à la station de métro de Madeleine. - Anne-Laetitia Béraud / 20 Minutes

Le champs lexical de la Révolution française et un vocabulaire qui laisse peu de doute quant à ses intentions. Un obscur collectif «Jour de colère» appelle à une manifestation, dimanche au départ de Bastille, à Paris. Les organisateurs se présentent de façon anonyme. En revanche, un nombre impressionnant d’associations, de regroupements ou de collectifs vont répondre à l’appel. Leur point commun? Tous veulent «coaguler» les colères contre François Hollande. Des anti-mariage homo aux pro-Dieudonné, en passant par l’extrême-droite, Civitas ou encore les Papas en colère… Sur Facebook, 25.000 personnes ont répondu à l’appel.

Les organisateurs se présentent comme des «citoyens». Sur des photos relayées par les réseaux sociaux, ils s’affichent derrière des feuilles blanches présentant leur profession et revendiquant leur participation au «Jour de colère».

Capture d'écran «Jour de colère».

Une soixantaine de cars sont déjà mobilisés pour les acheminer à Paris.

Policiers «nargués»

Les termes employés par ce collectif laissent peu de doutes sur son ambition. «Notre devoir de citoyen éclairé nous impose à travers un sursaut salvateur de réagir face à un Président qui martèle qu’il ne déviera pas d’un pouce la route prise. […] Nous cristalliserons l’ensemble de ces déceptions, de ces peurs, de ces frustrations en un jour de colère, Dies Irae contemporain, qui devra sonner le glas définitif de cette politique héritée des précédentes», peut-on lire.

Jamais le terme de «violence» n’est prononcé. Mais les relais sur les réseaux sociaux jouent avec l’ambiguïté, certains messages n’hésitant pas à «narguer» dès à présent la police.

Un participant, David Van Hemelryck, qui a fait le tour des plages en avion cet été avec une banderole demandant la démission du Président, précise auprès de 20 Minutes appeler au «courage de la non-violence». Mais ses propos sont sans concession. «Si la police agresse les manifestants, mon collectif [Hollande démission, ndr] s’interposera en faisant un sitting».

Les Bonnets rouges, eux, ont décidé de se retirer du mouvement qui «ne correspond ni aux objectifs ni [à leurs] valeurs […] tels qu'ils sont exposés dans [leur] charte», affirment-ils. Même le Front national a appelé à ne pas manifester. «D'une manifestation très unitaire, on se retrouve avec des mouvements un peu curieux, avec les amis de Dieudonné, etc.» justifie-t-on désormais dans l’entourage de la députée Marion Maréchal-Le Pen qui avait pourtant relayé l’appel sur son site.

La Dieudosphère en relais

Qui se cache derrière l’organisation anonyme de cet appel à manifester? «On le sait très bien. Rien n’est vraiment anonyme», assure à 20 Minutes une source policière. D’autant que pour déclarer une manifestation en préfecture de police, «au moins une signature d’une personne physique est obligatoire». «Même si le déclarant se dit publiquement anonyme, il existe bel et bien sur le papier», atteste cette source.

Pour Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême-droite, ce mouvement «n'est pas anonyme». «L'appel lancé est certes moins structuré que les manifs du printemps dernier. Mais on sait qui appelle à ce rassemblement. Il y a même des éléments situés à droite du Front comme la Dieudosphère», poursuit le chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). «Soral explique que son groupe n'appelle pas à manifester. Mais il l'incite clairement.» Dieudonné ne pourra pas être à la manifestation puisqu'une représentation de son nouveau spectacle est programmé à 17h à Bordeaux. «Si son spectacle avait était interdit par Juppé, il serait allé à la manif à Paris. C'est ce qui était prévu», avance Jean-Yves Camus.

Le Printemps Français à l'origine?

Au commencement de cet appel, un nom est glissé par une source policière, celui du «Printemps français». Sur l'Express, plusieurs participants confirment. Mais Béatrice Bourges, figure de proue de ce mouvement jure que non. «Ça part de citoyens qui n’appartiennent à aucun parti politique ou de mouvement particulier. Ils ne sont pas connus médiatiquement. J’en ai rencontré quelques-uns. Je vous assure que ce n’est pas moi», insiste-t-elle, qualifiant ce mouvement d’«inédit». «Il se passe quelque chose de vraiment différent par rapport à d’habitude. Les gens prennent peu à peu leur autonomie et ne veulent pas être guidés par quelqu’un», poursuit-elle.

La déclaration de manifestation, déposée dans les délais, prévoyait un parcours au départ de Bastille jusqu’à la Place de l’Opéra. Mais les discussions avec la préfecture de police, qui étaient toujours en cours ce jeudi, devaient aboutir, selon une source policière contactée par 20 Minutes, sur une dispersion au niveau de la Place Vauban, derrière les Invalides. Un site «beaucoup plus aéré, plus facile en terme de maintien de l’ordre». Mais rien n’était encore vraiment acté dans la journée. «On va voir si Manuel Valls va l’interdire», souffle une Béatrice Bourges décidemment bien au fait de l’organisation de ce mouvement…

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