Ils ont galéré pour décrocher une aide sociale

SOCIAL – Patricia et Laurent racontent les tracasseries administratives qui accompagnent souvent les demandes de prestations sociales...

Delphine Bancaud

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Demande d'aide au logement auprès de la Caisse d'Allocation Familiale de Paris. 
 

Demande d'aide au logement auprès de la Caisse d'Allocation Familiale de Paris.   — D. FLORENCE/SIPA

Une cascade de pièces justificatives à présenter, des dossiers de plusieurs pages à remplir, de longs délais d’attente avant d’obtenir la moindre réponse… Patricia Prévot, 56 ans, connaît ça par cœur. Comme des millions de Français, elle a dû passer par ces démarches fastidieuses pour obtenir des prestations sociales.

Justement pour faciliter les demandes d’aides, la ministre déléguée en charge de la lutte contre l'exclusion, Marie-Arlette Carlotti, a annoncé ce mardi la mise en œuvre de l’expérimentation pendant un an du dossier unique dans deux départements: la Loire-Atlantique et la Seine-et-Marne. «Une bonne initiative car grâce à ce système, on ne fournira les papiers qu’une fois pour demander une aide sociale», espère Patricia Prévot.

«Toutes ces démarches, ça bouffe le moral»

Car pour cette mère de six enfants, les démarches administratives ont souvent viré au casse-tête. «J’ai dû demander plusieurs aides sociales tout au long de ma vie. A chaque fois, c’était une vraie galère, soit parce qu’il me manquait un document, soit parce que je devais passer une matinée entière à faire la queue à ma Caisse d’allocations familiales ou à mon centre de Sécurité sociale. Et parfois, je tombais sur des agents qui ne me donnaient pas les mêmes informations ou me disaient des choses que je ne comprenais pas», explique-t-elle.

«Toutes ces démarches, ça bouffe le moral, d’autant que quand on arrive à la Caf et à la Sécu, on a l’impression de déranger», poursuit-elle. Du coup, Patricia avoue avoir renoncé à demander certaines aides. «J’ai rangé certains dossiers dans ma commode, quitte à m’enfoncer encore plus dans la pauvreté», avoue-t-elle. Alors aujourd’hui, elle est rodée: «Je me balade un dossier de 4kg sous le bras à chaque rendez-vous administratif. Comme ça, je peux dégainer mon livret de famille, ma dernière quittance de loyer ou mon relevé EDF, en fonction des demandes.»

L’impression de «perdre du temps»

Les tracasseries administratives, Laurent Boscher, connaît aussi. Cet infographiste auto entrepreneur, marié et père de deux enfants a dû solliciter le RSA à la suite d’une baisse d’activité, une aide au logement et une aide à l’acquisition d’une complémentaire santé. «J’ai passé des heures au téléphone sans que personne ne me réponde. J’ai rempli des formulaires dans lesquels on me demandait quatre fois la même information. Certains comportaient des notes explicatives dans tous les sens. Quant aux justificatifs demandés, ils n’étaient jamais les mêmes. Sans compter que les critères d’attribution changent sans cesse».

Résultat, Laurent a souvent eu l’impression de «perdre du temps» au lieu de démarcher des nouveaux clients. «Découragé, j’ai fini par renoncer à demander une aide à la mutuelle». Un cas qui n’est pas rare car le taux de non recours moyen à une prestation sociale est de 40%

 

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