«L’inceste est toujours un crime. Changeons la loi!» Ainsi s’achève le petit film de trente-cinq secondes que diffuse, depuis ce mardi matin, le Collectif féministe contre le viol. Actif depuis 1987, le Collectif féministe contre le viol s’insurge contre le manque de moyens déployés pour lutter contre l’inceste. Emmanuelle Piet, docteur et présidente du CFCV, nous détaille cette nouvelle campagne.

Vous assurez que deux millions de Français ont été victimes d’inceste. Mais il n’y a aucune statistique officielle…

La seule étude de référence date de l’an 2000. A l’époque, 11% des femmes se disaient avoir été victimes de viol un jour dans leur vie. La moitié d’entre elles évoquaient des faits remontant avant leurs 18 ans. Aujourd’hui, nous nous basons sur une enquête de l’Association internationale des victimes d’inceste (AIVI) qui, en 2009, a estimé à deux millions le nombre de victimes en France avec l’aide d’un sondage Ipsos. A partir de ces différentes études et en extrapolant, on considère qu’au moins un enfant sur vingt-quatre est ou a été victime d’inceste. Cela signifie que dans chaque classe, il y a un enfant victime.

Dans cette campagne, vous réclamez un changement de loi. De quel ordre?

Le premier point est d’inscrire l’inceste dans le code pénal. Il a disparu du droit en 2011 après une décision du Conseil constitutionnel. Or c’est très important que l’inceste soit considéré comme un crime spécifique et non pas seulement une circonstance aggravante du viol.

Ensuite, nous demandons depuis 1987 un allongement des délais de prescription. 52% des victimes qui composent le numéro vert évoquent des faits subis dans l’enfance et il est alors trop tard pour condamner les auteurs des faits. Notre but est de rendre ces faits imprescriptibles.

La ministre des Droits des femmes a mené une campagne active contre le viol. Mais on l’entend très peu sur l’inceste. Avez-vous des contacts?

Nous avons reçu un mail encourageant de sa part lundi soir. Bien sûr, on va continuer à travailler avec eux pour avancer. J’espère que la campagne télévisée va nous y aider.

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