Des élèves du collège Robert-Desnosà Orly  fait partie du programme E.C.L.A.I.R (Ecole Collège Lycée Ambition Innovation Réussite) depuis Septembre 2011.
Des élèves du collège Robert-Desnosà Orly fait partie du programme E.C.L.A.I.R (Ecole Collège Lycée Ambition Innovation Réussite) depuis Septembre 2011. - JOEL SAGET / AFP

«Donner le plus à ceux qui ont le moins». Telle était l’idée maîtresse de la politique d’éducation prioritaire à sa création en 1982. Mais trente ans plus tard, force est de constater qu’elle n’a pas porté ses fruits puisque les inégalités scolaires n’ont cessé de se creuser, comme l’a souligné l’étude Pisa de l’OCDE publiée en décembre. Pour l’améliorer, Vincent Peillon détaillera ce jeudi les mesures visant à rendre l’éducation prioritaire plus efficace. 20 Minutes fait le point sur les travers actuels du système.

La carte de l’éducation prioritaire n’est plus adaptée

En juillet dernier, le directeur de l’enseignement scolaire, Jean-Paul Delahaye dénonçait le «saupoudrage des moyens de l’éducation prioritaire». Car la carte de l’enseignement prioritaire n’a cessé de s’étendre en trente ans: si en 1982, seulement 10% des élèves étaient concernés par l’éducation prioritaire, 20% le sont aujourd’hui. «Or, il est évidemment plus difficile d’aider 20% des élèves que 10%», soulignait Jean-Paul Delahaye. D’où la nécessité de concentrer les moyens autour des établissements les plus en difficultés. Par ailleurs «dans certains territoires, la population change.Certains établissements qui sont actuellement en zone d’éducation prioritaire ne devraient pas y être alors que d’autres si», affirme la sociologue de l’éducation, Marie Duru-Bellat. Ce qui impose, selon elle, de revoir périodiquement la carte de l’éducation prioritaire. «Il faut un découpage des zones plus finement élaboré car certains établissements voisins n’accueillent pas la même population», souligne aussi Cynthia Frenet, chargée d’étude à l’Institut français d’éducation.

Un turn-over trop massif dans les équipes

Dans beaucoup d’établissements situés en zone d’éducation prioritaire, les équipes enseignantes restent peu de temps en poste. «Cela ne permet pas d’avoir un continuum dans les projets et d’assurer un bon suivi de la scolarité des élèves», souligne Cynthia Frenet. Un avis que partage Marie Duru-Bella qui estime aussi qu’il faudrait attirer davantage d’enseignants expérimentés dans ces établissements: «L’incitation financière a ses limites, surtout dans la situation économique actuelle, mais il faudrait surtout diminuer les temps de service des enseignants afin de leur libérer des heures pour travailler en équipe et rencontrer les parents», suggère-t-elle. Une piste que compte justement explorer Vincent Peillon, qui a également annoncé ce mercredi que les indemnités des personnels de l’éducation prioritaire seraient «substantiellement revalorisées jusqu'à être doublées dans les situations les plus difficiles».

Des pratiques pédagogiques à améliorer

Pour Marie-Duru Bellat, «les enseignants n’ont pas le temps d’évaluer les pédagogies qu’ils mettent en œuvre. Or, leur efficacité dépend vraiment des publics concernés». Elle suggère aussi de diminuer les effectifs part classe dans les zones particulièrement défavorisés et de développer le dispositif plus de maîtres que de classe. Pour développer des actions pédagogiques innovantes, Vincent Peillon annoncera ce jeudi une enveloppe budgétaire spécifique.

Des équipes insuffisamment accompagnées

«Les chefs d’établissements sont parfois parachutés dans des établissements de l’éducation prioritaire sans l’avoir demandé. Il ne sont pas suffisamment formés à la gestion spécifique de ces établissements», souligne Cynthia Frenet. Idem pour les enseignants qui y démarrent souvent leur carrière. «Il est donc impératif de renforcer leur formation initiale et continue afin de mieux prendre en compte la difficulté scolaire», insiste Marie Duru-Bellat.

Mots-clés :

  • Aucun mot-clé