VIDEO. Dieudonné: Pourquoi il est très difficile d’interdire ses spectacles

POLEMIQUE – Selon deux juristes, le gouvernement aura le plus grand mal à tenir parole...

Mathieu Bruckmüller

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Dieudonné au tribunal de Paris, le 13 décembre 2013.

Dieudonné au tribunal de Paris, le 13 décembre 2013. — MEUNIER AURELIEN/SIPA

Le gouvernement monte au front. Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, a laissé entendre ce lundi que le spectacle de Dieudonné programmé jeudi à Nantes pourrait être interdit, comme devrait le prévoir une circulaire qui va être adressée aux préfets par le ministre de l'Intérieur. Il y a une semaine, Manuel Valls a annoncé qu'il allait leur donner instruction d'«apprécier si le risque de trouble est caractérisé et justifie d'interdire la représentation» et ce à l'occasion de chaque représentation. Et celle de jeudi à Nantes s'annonce tendue. La famille Klarsfeld, au nom des Fils et filles des déportés juifs de France, a appelé à manifester contre l'humoriste la veille.

Une interdiction qui peut coûter cher

«Pour un spectacle, même sulfureux, une équipe de police en faction devant la salle suffit à calmer ceux qui voudraient faire irruption. Donc, il est en pratique impossible de justifier l’interdiction du spectacle au motif du trouble à l’ordre public», estime l'avocat Gilles Devers.

Pas question d’interdire a priori les représentations de Dieudonné, selon Philippe Bilger, magistrat honoraire, qui s'exprimait récemment sur France Inter: «L’Etat de droit c’est une vigilance pour qualifier, poursuivre et réprimer les propos que la justice a déclaré choquants», mais «c’est de veiller à ce que la liberté d’expression soit sauvegardée. Cela n’est pas d’interdire préventivement, administrativement des propos. Vous considérerez que Dieudonné doit être interdit 24h sur 24, moi je considère que pour la démocratie, il faut l’interdire quand on a la certitude de propos qui peuvent être régis par une infraction.»

«Laissez le gus s’exprimer, et s’il dérape, étudiez le propos à la loupe, engagez de poursuites, jugez, et sanctionnez... et si c'est grave, sanctionnez gravement», abonde Gilles Devers qui sur son blog doute de la capacité de Manuel Valls à faire interdire les spectacles, de Dieudonné car «sinon, ce serait fait depuis longtemps.»

Un spectacle contraire à l’ordre public?

Plusieurs mairies (Orvault en Loire-Atlantique, Perpignan, Saint-Etienne, Bordeaux…) ont déjà tenté d’interdire les spectacles de Dieudonné dans leur commune en estimant que l’ordre public était en jeu, mais sans parvenir jusqu’ici à leurs fins. Le tribunal de commerce de La Rochelle a d’ailleurs condamné l’an dernier la société gérant le palais des congrès de la ville à verser plus de 40.000 euros à l’humoriste au titre de préjudices d’image et d’ordre financier, après avoir annulé une de ses représentations

«Je pense qu'il faut être très dur, très ferme mais qu'il ne faut pas non plus prendre des lois en réaction à ce qu'il dit. Il faut appliquer la loi qui existe, et l'envoyer en prison ferme parce qu'on peut le faire», a ajouté ce lundi sur Europe 1 Me Pierre-Olivier Sur, nouveau bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris. Il a souliqné que Dieudonné risque un an de prison ferme lorsqu'il y a un appel à la haine raciale et à l'antisémitisme, en application de la loi sur l'injure et la diffamation. «Cette loi s'applique, elle doit s'appliquer, et je regrette que des poursuites ne soient pas immédiatement orchestrées contre Dieudonné et tous azimuts à raison de chacun des propos inadmissibles qu'il tient tous les jours», a poursuivi l'avocat.


«Dieudonné risque un an de prison ferme» par 20Minutes

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Pour Gilles Devers, il reste une porte de sortie pour les juristes de la place Beauvau. Démontrer que le contenu du spectacle de Dieudonné «serait par lui-même contraire à l’ordre public ou se heurterait à des dispositions pénales», une formule déjà utilisée par le Conseil d’Etat en 2010. «Ce fondement juridique est sûr, mais il reste hypothétique car il faudrait apporter des preuves convaincantes. Dieudonné tient nombre de spectacles et j’imagine bien nos policiers venir régulièrement faire un petit tour, voir ce qui s’y raconte. Alors, si vraiment la situation est si grave, où sont les procès? On en connaît un certain nombre mais ce n’est pas une vague, et il n’a jamais été allégué que le spectacle était «par lui-même contraire à l’ordre public». Et si tel était le cas, pourquoi ne pas avoir agi depuis bien longtemps?», se demande Gilles Devers.

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