Steven Cohen sera jugé le 24 mars pour s’être promené sur le Trocadéro le sexe relié à un coq

JUSTICE Auteur de performances excentriques, l'artiste sud-africain encourt un an de prison pour «exhibition sexuelle»…

Vincent Vantighem

— 

Steven Cohen effectue une performance baptisée «Sans titre. Pour raisons légales et éthiques» lors du festival d'Avignon (Vaucluse) le 10 juillet 2012.

Steven Cohen effectue une performance baptisée «Sans titre. Pour raisons légales et éthiques» lors du festival d'Avignon (Vaucluse) le 10 juillet 2012. — GERARD JULIEN / AFP

Le coq s’appelait Frank. Ce 10 septembre, vers 9h30, il devait être tout content de gambader tranquillement sur l’esplanade du Trocadéro à Paris et même d’admirer –sans doute pour la première fois de son existence– la Tour Eiffel. Seule une laisse restreignait ses mouvements de gallinacé. Mais à l’autre bout de la laisse, il y avait le sexe de Steven Cohen enrubanné de tissu blanc.

Le procès de l'artiste sud-africain de 51 ans pour «exhibition sexuelle» a été renvoyé au 24 mars, ce lundi par le tribunal correctionnel de Paris. Agnès Tricoire, l'avocate de l'artiste a obtenu ce renvoi afin de pouvoir permettre au tribunal de visionner le film réalisé lors de la performance de l'artiste, ce qui n'était pas possible ce lundi.

«Embastiller des artistes»

Avant que les forces de l’ordre n’interviennent, le 10 septembre, au milieu des touristes et des vendeurs à la sauvette, Steven Cohen et Frank avaient donc eu un bon quart d’heure pour danser et parader sur l’Esplanade. Pour l’occasion, l’artiste était perché sur de hauts talons noirs, le torse serré dans un corset, les bras et le crâne recouverts de plumes. Frank, lui, avait revêtu sa tenue traditionnelle de plumes rouge et marron. Classique pour un coq…

Trois mois après les faits, la signification de la performance demeure toujours aussi obscure. Mais cela n’empêche pas Agnès Tricoire, l’avocate de Steven Cohen, de s’insurger que l’on puisse encore «embastiller des artistes» en France aujourd’hui. Spécialisée dans le droit de la propriété intellectuelle, cette avocate a longtemps hésité entre une carrière culturelle et le droit. Elle est finalement parvenue à réunir les deux, tout en créant en parallèle l’Observatoire pour la liberté de création. 

Des précédents à New-York, Johannesburg, Lyon…

Plasticien et chorégraphe, Steven Cohen, 51 ans, se définit lui-même comme un artiste «juif, blanc et pédé» et multiplie les performances chocs. Au Festival d’Avignon, en 2012, il s’est promené nu, le corps peint en jaune avec une étoile de David sur le front. Les années précédentes, il avait semé la pagaille dans des tenues similaires dans des bidonvilles de Johannesburg, au mémorial de la Shoah et même sur le site de Ground Zero à New-York.

Agnès Tricoire, elle, estimait en 2011 dans une interview à la revue spécialisée Paris-Art que le climat en France est mauvais. «Si on le compare avec celui des années 1970, le retour à l'ordre moral est évident. Le rapport aux œuvres a évolué chez certains dans le sens de la défiance et de l'incompréhension.» Le tribunal correctionnel de Paris lui demandera peut-être comment elle a «compris» la parade de son client.

Mots-clés :