Prisons: «Les téléphones portables entrent à une vitesse phénoménale»

INTERVIEW – Le secrétaire général FO des directeurs de prison réagit après la vidéo d'un «Harlem Shake» postée par des détenus à la prison de Montmédy (Meuse)...

William Molinié

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Le centre de détention pénitentiaire de Lille Annoeullin peut accueillir  688 détenus exclusivement masculins. Il vise à remplacer la prison de  Loos, trop vétuste.Annoeullin, le 21 juin 2011

Le centre de détention pénitentiaire de Lille Annoeullin peut accueillir 688 détenus exclusivement masculins. Il vise à remplacer la prison de Loos, trop vétuste.Annoeullin, le 21 juin 2011 — MIKAEL LIBERT / 20 MINUTES

Deux nouvelles vidéos, tournées par des détenus au moyen d’un téléphone portable, ont été postées sur Internet depuis la prison de Montmédy (Meuse). Jimmy Delliste, secrétaire général FO des directeurs de prison et directeur de la maison d’arrêt de Nanterre (Hauts-de-Seine), décrypte pour 20 Minutes la problématique du téléphone portable en prison.

Comment les téléphones portables entrent-ils en prison?

Il y a trois moyens. Soit par des complices au sein de l’établissement, mais c’est assez rare. Soit par les projections, je dois dire de plus en plus constatées, au-dessus des murs de la prison. Ils sont récupérés par les surveillants mais d’autres peuvent, dans les cours, tomber entre les mains des détenus. Enfin, troisième possibilité, au moment des visites au parloir. C’est un vrai problème, d’autant que ces appareils sont de plus en plus petits et de moins en moins détectables.

Pourtant, il y a bien des portiques détecteurs de métaux…

Oui, mais il suffit qu’il soit bien emballé, par exemple et introduit dans un orifice naturel pour qu’il ait des chances de passer. D’autant qu’avec l’application de l’article 57 de la loi pénitentiaire, la fouille n’est désormais plus automatique. Des visiteurs ou mêmes certains détenus ne font plus l’objet de fouilles.

Faut-il voir dans la recrudescence de l’utilisation du portable en prison une conséquence de cette loi?

C’est difficile à dire. On sait qu’on trouve de plus en plus de choses sur les personnes qui entrent en prison. Mais je suis incapable de dire si c’est parce qu’il y a véritablement plus de tentatives ou si c’est parce qu’on contrôle davantage et que les surveillants sont revenus aux fondamentaux de leur travail. Je peux simplement observer que ça entre à une vitesse phénoménale.

Quelles pourraient être les solutions? 

Les brouilleurs d’ondes pourraient être une piste. La technologie nous permettrait aujourd’hui de filtrer certains numéros en enregistrant les cartes sim autorisées des personnels. On résoudrait de fait le problème d’insécurité lié aux téléphones portables. Car il faut savoir qu’il y a des trafics et des violences autour des portables. Des personnes les vendent ou les louent. D’autres les conservent dans leurs cellules. Elles ne font pas ça gratuitement. Il faudrait aussi que la loi nous permette d’intercepter les communications issues de téléphones portables. Aujourd’hui, on le fait avec les cabines téléphoniques que les détenus ont droit d’utiliser. Nous écoutons et enregistrons leurs conversations. Et nous pouvons les interrompre en cas de nécessité. Il faudrait qu’on puisse le faire sur les mobiles.

Autrement dit, les surveillants à eux-seuls ne peuvent pas résoudre le problème?

Il n’y a pas assez d’agents. Les tâches sont de plus en plus compliquées dans des établissements qui peuvent être sur-occupés jusqu’à 200%. On ne peut pas passer son temps à fouiller. On doit s’appuyer sur des moyens techniques. Mais aussi sur la justice. Il faut une suite judiciaire aux détenteurs. Il y a déjà des sanctions disciplinaires mais ils sont rarement poursuivis en justice. Et quid des personnes complices? Celles par qui les mobiles sont introduits? Si on veut que les règles soient appliquées dans les prisons, il faut que la détention d’un portable soit une circonstance aggravante.

Cela a un coût…

Effectivement. Tout a un coût. Mais ça règlerait une grosse partie de l’insécurité dans nos établissements. Il y a aussi une autre manière de voir. Si on ne mélangeait pas les publics, on pourrait même autoriser les téléphones portables dans des établissements spécialisés pour les petites peines. Certains détenus sont dehors en journée et dorment en prison. Qu’ils aient un mobile, ça changerait quoi?

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