Illustration mariage: Des alliances.
Illustration mariage: Des alliances. - F. DURAND/SIPA

Rares sont celles qui acceptent de témoigner, tant le drame intime qu’elles ont vécu et son cortège de violences restent lourds à porter. Les victimes des mariages forcés qui s’en sont sorties redoutent plus que tout d’être reconnues, risquant de retomber dans le piège que leur famille leur avait tendu.

Combien sont-elles, en France? Le Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles (Gams) estime à 70.000 le nombre de jeunes filles potentiellement menacées. Un chiffre «surestimé», selon Beate Collet, co-auteur d’une étude sur la question. «Les mariages forcés concernent une petite minorité, explique-t-elle. Mais même pour un petit nombre de victimes, c’est tellement dramatique que cela doit être pris en charge». Douze cas par an en moyenne sont signalés au ministère des Affaires étrangères.

Violences psychologiques voire physiques

La dernière enquête de l’Ined datant de 2011 – une autre doit être publiée début 2014 – estime quant à elle à 1% le nombre de filles d’immigrées entre 26 et 30 ans ayant subi un «mariage non consenti», souvent avant leurs 20 ans, et à 3% celles dont le mariage a été accepté avec un «consentement altéré». Point positif, le phénomène est en recul par rapport à la génération précédente (respectivement 2% e 4% pour les 41-50 ans). Les pays les plus exposés sont la Turquie, les pays du Maghreb et d’Afrique sahélienne, avec un taux de variant de 4 à 8% chez les 26-40 ans.

Le cas le plus classique, c’est lorsqu’une jeune fille est envoyée en vacances dans son pays d’origine, et qu’elle se retrouve mariée de force. «Il y a tout un panel de violences - psychologiques voire physiques - exercées contre elle pour l’obliger à accepter: chantage au suicide, séquestration dans les villages où se trouve le mari, confiscation des papiers d’identité, etc», détaille Sarah Jama, directrice de l’association Voix de Femmes, spécialisée dans le suivi des victimes de mariages forcés. «La conséquence la plus importante des mariages forcés, c’est le viol», ajoute-t-elle. Les femmes ont le choix entre accepter ce mariage contraint pour tenter de préserver les liens familiaux – en divorçant peu après le plus souvent - ou rompre brutalement avec leur famille, et se retrouver isolées et sans logement du jour au lendemain.

Les consulats sensibilisés

Pour lutter contre les mariages forcés, les autorités françaises ont notamment mis l’accent sur la formation des agents consulaires. Ils peuvent en effet détecter les cas de mariages forcés lorsqu’ils auditionnent les conjoints au moment de la publication des bans ou lors de la demande de transcription de l’acte de mariage étranger. «Le but, c’est que la France protège ces jeunes femmes où qu’elles se trouvent, et qu’elles sachent qu’elles ont des droits», affirme Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée aux Français de l’étranger. Mais une fois une victime identifiée, c’est aux associations de prendre le relais. «Le consulat n’a pas de moyens ni de structure pour les prendre en charge voire les rapatrier, précise la ministre. Tout cela se fait grâce aux associations», qui déplorent elles-mêmes leur manque de moyens. Le ministère des Droits des Femmes, qui a présenté vendredi son quatrième plan de lutte contre les violences faites aux femmes, va toutefois pérenniser le fonctionnement de Voix de Femmes pendant trois ans. Ce plan interministériel prévoit également l’élargissement du numéro national 3919 à toutes les violences faites aux femmes, mariages forcés inclus, ainsi que la mobilisation du personnel scolaire, appelé à redoubler de vigilance si une fille scolarisée n’apparaît pas lors de la rentrée.

Enfin, l’arsenal législatif a été renforcé. Un nouveau délit a été introduit en août dans le code pénal, qui punit de trois ans de prison et 45.000 euros d’amende le fait de tromper quelqu’un pour l’emmener à l’étranger lui faire subir un mariage forcé. Une avancée qu'Hélène Conway-Mouret juge «nécessaire», car «c’est à l’étranger que les femmes vivant en France subissent le plus souvent ces violences».

 

A lire: Beate Collet et Emmanuelle Santelli, Couples d’ici, parents d’ailleurs. Parcours de descendants d’immigrés, Ed. PUF.

Le 3919 fonctionne seulement en France. Quand les victimes sont à l’étranger, elles peuvent contacter le service de protection des droits des personnes du ministère des Affaires étrangères, au (+33) 01 43 17 80 32

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