Rythmes scolaires: Ce que les enfants pensent de la réforme

ÉDUCATION n pleine semaine de mobilisation contre la semaine de 4,5 jours, «20 Minutes» donne la parole aux élèves...

Delphine Bancaud

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Un atelier périscolaire sur le jardinage mis en oeuvre dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires.

Un atelier périscolaire sur le jardinage mis en oeuvre dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires. — M. LIBERT / 20 MINUTES

Alors que la fronde contre les nouveaux rythmes scolaires bat son plein avec la grève, ce jeudi, de 25% des enseignants du premier degré, 20 Minutes a demandé à des enfants de primaire et de maternelle ce qu’ils pensaient de cette réforme.

Depuis le mois de septembre, Aurélien, 7 ans, en CE1 à Paris, se réjouit que l’école ne soit plus uniquement un temple du savoir. «Je n’y vais plus seulement pour travailler, mais j’ai aussi des moments pour m’y amuser», s’exclame-t-il. Au premier semestre, il a opté pour l’atelier ludothèque, le mardi, et badminton, le vendredi. «J’ai choisi une activité calme et une autre où l’on bouge. A la ludothèque, je joue au Uno, à SOS Ouistiti et à des jeux de construction. Et j’ai même dessiné avec mes copains une BD Pokémon. J’adore aussi le badminton qui me permet de me défouler», raconte le petit garçon.

Même enthousiasme chez Manon, 10 ans, en CM2 à Pont-Audemer (Eure) qui a la chance d’avoir des activités périscolaires quatre jours par semaine. Ce qui permet une belle variété: peinture, jeux de balle, solidarité et jardinage. Lors de ce dernier atelier, animé par une fleuriste, elle a planté une jacinthe. «Je la vois pousser chaque semaine, c’est super. J’ai aussi fait des décorations sur une citrouille. Et lors de l’atelier solidarité, j’ai appris des choses sur la manière dont les gens vivent au Burkina-Faso, en Chine et en Mongolie. On nous a expliqué qu’en Chine, des ouvriers fabriquaient nos vêtements à la chaîne en étant très peu payés. Ça me fait comprendre que tout le monde n’a pas la même chance que moi», explique-t-elle. Une fenêtre sur le monde, qui ouvre son horizon.

S’initier à de nouvelles activités

D’autres enfants, sont moins bien lotis, comme Simon*, 7 ans en CE1 à Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne) car les activités périscolaires sont pour l’heure limitées dans son école. «Je viens juste de commencer les arts visuels. Sinon, je joue dans la cour ou je vais à la bibliothèque.»Pour Clovis, 7 ans, en CE1 à Rennes, les activités périscolaires ont été l’occasion de tester différentes activités physiques grâce à l’atelier multisports et de découvrir l’informatique grâce à un animateur d’une association. «On fait des dessins de maison sur l’ordinateur, ça m’intéresse», résume-t-il.

Quant à Juliette, 10 ans, en CM2 à Paris, elle laisse son esprit créatif s’exprimer  lors des ateliers origami et BD. Seul hic: depuis la Toussaint, l’atelier BD a été remplacé par le chant. «On chante La mélodie du bonheur, c’est pas trop mon genre de musique. Mais je vais bientôt m’inscrire au viet vo dao». Comme elle, certains enfants regrettent d’être inscrits dans des ateliers qu’ils n’ont pas choisis, certaines activités étant vite prises d’assaut.

Plus de fatigue

Reste que ces nouvelles activités semblent alourdir l’emploi du temps, déjà bien plein, de certains enfants. Comme le confie Manon: «Le mardi, j’avais déjà EPS [éducation physique sportive] avec la classe et basket après l’école. Donc avec les jeux de balle en plus, ça fait beaucoup.» Une impression de fatigue partagée aussi par Juliette: «Pour participer aux ateliers, on doit se déplacer dans un centre qui est situé à 15 minutes à pied de l’école. C’est un peu la course.»

Et plus question de faire la grasse matinée le mercredi matin. «Je préférerais vraiment rester à la maison comme l’an dernier», résume Simon. «Le mercredi, c’était un jour de pause. Là, j’ai moins le temps de me reposer», renchérit Juliette. «J’enchaîne l’école et l’équitation ce jour-là. Et je n’ai pas le temps de souffler, témoigne aussi Manon. Mais le directeur d’école m’a dit qu’on travaillait mieux le matin que l’après-midi. C’est sans doute pour ça qu’on nous oblige à travailler le mercredi matin.»

Rares sont ceux qui, comme Clovis, vont en classe avec le sourire le mercredi. «Ça ne me dérange pas, parce que je suis content de revoir mes copains». Mais au final, le jeu semble en valoir la chandelle, comme le déclare Aurélien, philosophe. «L’école le mercredi, c’est débile, mais on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.»

* Le prénom a été changé

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