Noël Capron propose des baguettes suspendues dans sa boulangerie.
Noël Capron propose des baguettes suspendues dans sa boulangerie. - S.Ortola / 20 minutes

Elsa Provenzano

«Suspendues, ça veut dire à disposition pour des gens qui sont dans le besoin», explique Noël Capron, 57 ans. Il a lancé depuis samedi ce concept de «baguettes suspendues» dans sa boulangerie «A la recherche du pain perdu», au 5 rue de la Cour des Aides, dans le quartier Saint-Pierre à Bordeaux. C’est un de ses amis qui lui a donné l’idée. Il tient le bar «chez Fred», place du palais, et propose des cafés suspendus depuis cinq mois environ. «Le pain c’est un produit de base et c’est encore moins cher qu’un café, alors je me suis dit que j’allais faire pareil. En plus, pour moi c’est une bouffée d’air frais car mon métier est très répétitif. Et je me dis que ça sert à quelque chose », raconte le boulanger.

«Une super idée»

Quelque 22 baguettes ont été achetées depuis samedi et 9 étaient «suspendues» jeudi, en fin de matinée. Le compte des baguettes suspendues et de celles récupérées est inscrit sur une grande ardoise, affichée à la vue de tous. «Je connaissais les cafés suspendus mais pas les baguettes. C’est une super idée qui peut aider ceux qui n’ont pas d’argent», commente François, 27 ans, qui décide de contribuer à l'opération. La boulangère dépose alors ses 0,95 cents dans un bocal, sur le comptoir. L’idée ce n’est pas que les clients donnent systématiquement mais une fois de temps en temps. «C’est un petit geste qui peut aider les gens. On en voit de plus en plus qui achètent une demi-baguette ou un demi-pain ou un sandwich pour deux», souligne le boulanger.  

«Ce n’est pas un dû mais c’est là»

«Les premiers jours, les gens n’osaient pas demander mais maintenant ça commence à se savoir. Ils ne quémandent pas puisque c’est quelque chose qui a été réglé, ce n’est pas gratuit. Ce n’est ni un droit ni un dû mais c’est là», souligne Noël Capron. Pour l’instant ce sont surtout des sans-domicile-fixe qui viennent, mais le boulanger aimerait aussi que le dispositif profite aux nombreux étudiants du quartier et aux gens isolés qui ont des enfants à charge. «Il ne faut pas qu'il y ait d'abus. Une fois c’est bien pour dépanner mais il ne faut pas que ce soit toujours les mêmes», estime pour sa part Pascal, 43 ans, qui vient acheter un sandwich dans la boulangerie.

«Le but c’est que ce soit repris par d’autres, comme les cafés suspendus qui se répandent un peu», espère Noël Capron. Le problème c’est que Bordeaux ne fait pas exception. Comme dans beaucoup de villes, les artisans boulangers s’y font rares. «Dans le quartier, il y en avait 7 dans les années 60. Maintenant je suis tout seul», constate t-il.