Le député Patrick Mennucci affrontera le maire sortant UMP Jean-Claude Gaudin aux municipales de 2014 à Marseille, après avoir battu dimanche à la primaire PS la sénatrice Samia Ghali, au terme d'une campagne qui a divisé les socialistes marseillais.
Le député Patrick Mennucci affrontera le maire sortant UMP Jean-Claude Gaudin aux municipales de 2014 à Marseille, après avoir battu dimanche à la primaire PS la sénatrice Samia Ghali, au terme d'une campagne qui a divisé les socialistes marseillais. - Bertrand Langlois AFP

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Le député Patrick Mennucci affrontera le maire sortant UMP Jean-Claude Gaudin aux municipales de 2014 à Marseille, après avoir battu dimanche à la primaire PS la sénatrice Samia Ghali, au terme d'une campagne qui a divisé les socialistes marseillais.

Le rassemblement, objectif du scrutin, s'annonce compliqué, même si les deux finalistes se sont affichés dimanche soir côte à côte à la fédération du PS.

Selon les résultats officiels, M. Mennucci, 58 ans, député depuis 2012 et maire de secteur (centre ville), a recueilli 57,16% des voix, Mme Ghali, 45 ans, sénatrice et élue des quartiers Nord, 42,84%, soit plus de 3.000 voix d'écart, lors de ce second tour qui a attiré 24.037 votants (20.734 au 1er tour), «un succès exceptionnel» salué par le PS.

Après avoir créé la surprise en arrivant en tête du premier tour (25,25%, contre 20,65% à M. Mennucci), celle-ci a reconnu la victoire de son adversaire, mais elle n'a pas mâché ses mots contre le gouvernement, qu'elle a laissé huer par ses partisans. Et c'est avec un visage de marbre qu'elle a accueilli le discours du vainqueur.

«Parfois les mots ont pu blesser, je veux dire ce soir que si c'est le cas, je le regrette», a déclaré Patrick Mennucci. Appelant au rassemblement, il a souligné que la présence de Samia Ghali sera «très importante, indispensable quand nous affronterons Jean-Claude Gaudin et l'extrême droite».

«Marseille a été moqué, Marseille a été montré du doigt pour la violence, Marseille s'est endormi ici même sur le Vieux-Port, et particulièrement au deuxième étage de l'Hôtel de ville, et bien nous les Marseillais, nous allons redresser Marseille», a promis Patrick Mennucci, en présence de tous les autres candidats défaits à l'exception de Marie-Arlette Carlotti, retenue à Paris par ses fonctions ministérielles.

Le gouvernement sifflé par la foule

Auparavant, depuis le restaurant du Vieux-Port où elle avait donné rendez-vous à ses sympathisants, Mme Ghali avait attaqué le gouvernement, sous les sifflets.

«Il faut ce soir reconnaître la victoire, pas d'un seul homme, mais de cinq candidats plus le gouvernement», a lancé la candidate, qui avait accusé Patrick Mennucci d'être «le candidat de Matignon» après le ralliement de trois des quatre candidats éliminés.

«Je voudrais dire à Jean-Marc Ayrault, à François Hollande, que nous sommes avant tout des Marseillais, pas des sous-Marseillais. Nous réclamons ici à Marseille l'aide qu'il n'a jamais apportée, oui, le comité interministériel n'a pas porté ses fruits», a-t-elle ajouté.

Dans la foule, nombreux étaient ceux, furieux contre Patrick Mennucci, qui annonçaient leur intention de voter en mars 2014 pour Jean-Claude Gaudin. «Samia était toute seule face à tout le monde, elle sort avec les honneurs», a réagi Sophia Benaiche, une infirmière de 38 ans.

Président PS de la Région, Michel Vauzelle a vertement tancé Mme Ghali pour ces déclarations. «On frémit à l'idée qu'une telle opposante au président socialiste de la République et au gouvernement socialiste aurait pu être candidate du Parti socialiste à Marseille», a-t-il déclaré, appelant à l'union.

Les bureaux de vote avaient été placés sous haute surveillance par la Haute autorité des primaires après un premier tour perturbé par des problèmes de listes d'émargement, fausses ou incomplètes, et surtout l'affaire «des minibus» - des véhicules loués par Samia Ghali pour conduire les électeurs aux bureaux de vote. Dimanche, l'autorité a estimé que «tout était rentré dans l'ordre», les minibus se faisant invisibles dans la ville.

Une 'atmosphère pesante'

A l'origine de la discorde, les déclarations de la ministre Marie-Arlette Carlotti, grande perdante du scrutin qui, au soir du 13 octobre, avait accusé Samia Ghali de clientélisme, avec des propos très durs évoquant une «organisation paramilitaire». Les invectives ont ensuite fusé tout au long de la semaine, éclipsant quasiment toute discussion sur le programme.

Dimanche, aucun incident notable n'a été signalé, mais l'«atmosphère était pesante» dans les fiefs des candidats, les deux camps se surveillant toute la journée du coin de l'oeil, selon un observateur.

Dans le 1er arrondissement, à deux pas de la Canebière, une jeune femme, qui ne s'était pas déplacée au premier tour, disait être venue apporter sa voix à Patrick Mennucci. «La gauche n'aura aucune chance aux élections si c'est Samia Ghali qui passe», jugeait-elle.

La primaire avait pour but d'insuffler «une dynamique populaire de mobilisation» dans une fédération des Bouches-du-Rhône sous tutelle depuis mars, afin de mettre fin au règne de Jean-Claude Gaudin, 74 ans, aux commandes de la ville depuis 1995. Ce dernier s'est dit dimanche soir «consterné» par «le triste spectacle» de ces primaires.

A Aix-en-Provence, où une autre primaire socialiste se jouait, l'avocat Edouard Baldo (64,38%), 65 ans, l'a largement emporté face à l'ex-homme d'affaires Jacky Lecuivre, 61 ans.