Un lit de nourrisson vide dans une maternité.
Un lit de nourrisson vide dans une maternité. - CHRISTOF STACHE / AFP

Propos recueillis par Delphine Bancaud

Un espoir qui s’éteint. Chaque année, environ 9.000 familles en France sont confrontées à la mort d’un bébé in utero ou peu après sa naissance. Un traumatisme encore tabou. A l’occasion de la Journée mondiale du deuil périnatal qui a lieu ce mardi, Marie-José Soubieux, pédopsychiatre et auteur de l’ouvrage Le berceau vide* explique comment les familles parviennent à surmonter ce traumatisme.

Quelles sont les conséquences d’un deuil périnatal pour les familles?

La manière dont chacun réagit est fonction de son histoire et de ce qu’il a investi dans cette grossesse. Mais c’est toujours un drame pour les familles car lorsqu’on attend un bébé, on l’attend aussi dans sa tête et l’on se projette dans l’avenir. Les parents éprouvent souvent un chagrin inconsolable, un sentiment de vide, voire de honte et de culpabilité. Pour certains, ce deuil peut aussi réveiller d’anciens traumatismes. Avec des risques de dépression au final. Ces drames peuvent aussi créer une distance dans le couple, qui peut conduire à la rupture. Et pour les enfants de la famille, il est très difficile de trouver sa place lorsque la douleur des parents prend tout l’espace. Pour ceux qui viennent après, la situation n’est pas évidente non plus, car ils succèdent à un bébé mort, mais qui a été idéalisé.

L’accompagnement de ces familles semble encore insuffisant…

Oui, car pour beaucoup, la perte d’un enfant qui n’a pas vécu est un non-événement. L’entourage essaye de la banaliser via des petites phrases maladroites du type: «Tu auras d’autres enfants». Le retour au travail est souvent un moment délicat pour les parents: des collègues les évitent et certains managers les surchargent de travail, comme si de rien n’était. Et même si dans certaines maternités, des psychologues sont à la disposition des parents qui traversent cette épreuve, toutes les structures n’en bénéficient pas. Des progrès ont été faits pour former les pédiatres et les sages-femmes sur ces questions, mais il reste encore du chemin à parcourir pour que toutes les familles soient prises en charge de manière optimale.

Comment les familles peuvent-elles arriver à se reconstruire après cela?

Pour surmonter la mort d’un bébé qui n’a pas vécu, il faut mettre des mots dessus. Après une période de sidération, les parents doivent reconnaître leur souffrance et l’intégrer à leur histoire. La participation à un groupe de paroles organisé par une association ou le suivi individuel par un psychologue peut y aider. Il faut donner à ce deuil sa juste place pour réinvestir sa vie ensuite. Depuis 2008, il est aussi possible de déclarer les enfants mort-nés ou décédés peu de temps après leur naissance à l’état civil. Cette démarche peut aussi aider les familles à reconnaître que cet enfant a existé pour eux, même s’il n’a pas vécu.

*Le berceau vide, éditions Eres, 2010, 25,50 euros.