Mal de dos: «La cause est le plus souvent un mésusage de la colonne vertébrale»

INTERVIEW Le professeur Claude Hamonet, auteur de «Prévenir et guérir le mal de dos» (Odile Jacob), explique pourquoi ce n’est pas une fatalité...

Propos recueillis par Claire Planchard

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Illustration d'une salariée souffrant de mal de dos.

Illustration d'une salariée souffrant de mal de dos. — AIRIO/LEHTIKUVA OY/SIPA

Pourquoi, aujourd’hui, autant de gens ont-ils mal au dos?

Il y a bien sûr les lésions ou des causes médicales comme les modifications structurelles de la colonne vertébrale. Mais cela n’inclut ni l’arthrose qui n’est qu’un signe du vieillissement au même titre que les cheveux blancs et qui protège en réalité le dos de mouvements trop amples, ni la scoliose qui contrairement aux idées reçues ne fait pas mal au dos. Quant aux hernies discales, elles ne sont  qu’une fois sur 100 à l’origine des douleurs. Par ailleurs, la grossesse est aussi une cause banale de mal de dos, notamment à partir du sixième mois. La cause majeure est une mauvaise utilisation de la colonne vertébrale.

On se tient mal?

Notre dos a quatre courbures qui se succèdent: la nuque, le haut du dos, les reins et le bassin. Cette disposition anatomique permet de diviser par dix les contraintes supportées par la colonne vertébrale. Si on ne respecte pas ces courbures, on exerce une tension trop forte sur certains muscles ou les dispositifs qui relient les vertèbres entre elles. Cela crée une souffrance locale dans les parties «molles» du dos, qui est invisible sur les radiographies qui ne révèlent que la partie «dure», osseuse.

Quelles postures adopter pour se protéger?

Le mieux est encore de se tenir droit et de bien aligner les quatre courbures du dos. Etre assis est la pire situation pour le dos. Une bonne position traditionnelle que j’appelle «parisienne» consiste à avoir les pieds au sol, les fesses pointées en arrière pour chercher le fond du siège et le début du dossier, puis de se pencher un peu en avant. Chercher le haut du dossier est une erreur car cela favorise une position hyper-cambrée. Croiser les jambes n’est en revanche pas interdit, l’important étant d’avoir un appui au sol. Une deuxième bonne position est la position «à l’américaine» ou avachie: on s’appuie sur le bord de la chaise avec les cuisses, le dos calé sur le haut du dossier. La troisième est la position «à la marseillaise»: à califourchon sur une chaise en appui sur les deux pieds, le dos droit, les bras appuyés  reposant sur le dossier. Ces trois positions protègent très  bien, mais en changer régulièrement est aussi la clé de l’économie de son dos.

Et debout ou couché?

Debout, il ne faut pas rester au garde à vous. Il faut écarter légèrement les pieds  éviter de  les garder parallèles pour mieux bloquer le bassin. Quand on est couché, la seule position à éviter est celle sur le ventre car on exagère la cambrure des reins.

Si on a mal, que faire?

Les massages et la chaleur (douche ou bain chaud) sont les meilleurs de bons décontractants. On peut aussi utiliser des anti-inflammatoires localement ou par voie générale en protégeant l’estomac, les stimulations électriques anti-douleurs, les injections locales d’anesthésiques et de corticoïdes, les manipulations.  Mais la ceinture est le traitement le plus efficace du mal de dos: c’est moins coûteux que les médicaments et c’est naturel! Contrairement aux idées reçues, cela ne fait pas «fondre les muscles». Elle a un double rôle de contact: elle donne des sensations au niveau du dos qui font qu’on adopte la posture correcte et elle a un effet antalgique par le contact de la peau. Dans tous les cas, l’image d’une radio n’explique pas tout. L’écoute du patient et la palpation par un médecin sont la meilleure façon de mettre le doigt sur le mal et de faire un bon diagnostic. Très peu de maux de dos justifient un recours à la chirurgie.

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