Les députés  français votent mardi en première lecture le projet de loi sur les retraites sous le regard de syndicats et de salariés opposés à la réforme, appelés à se rassembler devant l'Assemblée nationale pour dire qu'ils "n'abandonnent pas".
Les députés  français votent mardi en première lecture le projet de loi sur les retraites sous le regard de syndicats et de salariés opposés à la réforme, appelés à se rassembler devant l'Assemblée nationale pour dire qu'ils "n'abandonnent pas". - Jacques Demarthon AFP

avec AFP

La réforme des retraites s'est retrouvée au deuxième jour des débats à l'Assemblée sous les tirs croisés de la droite et du Front de gauche, mais l'allongement de la durée de cotisation, contesté jusque dans la majorité, a été voté dans la nuit de mardi à mercredi.

L'un des points névralgiques du projet de loi, l'article 2 prévoyant la hausse de la durée de cotisation d'un trimestre tous les trois ans à compter de 2020, a été adopté après minuit par 101 voix contre 64, après plusieurs heures d'un débat tendu dans l'hémicycle. La réforme ne touche pas à l'âge légal de départ à la retraite, fixé à 62 ans depuis la réforme Sarkozy de 2010.

Salves d'amendements

Le Front de Gauche, les écologistes, mais aussi huit socialistes de l'aile gauche du parti, comme Jérôme Guedj, Pascal Cherki ou Barbara Romagnan, et la droite ont voté contre l'allongement progressif de la durée de cotisation jusqu'à 43 ans en 2035. Dans un hémicycle plus fourni qu'au premier jour des débats, les députés du Front de Gauche épaulés par les ultramarins siégeant dans leur groupe de la Gauche démocrate et républicaine mais aussi les élus de droite, UMP en tête, ont bataillé contre ce volet de la réforme, leurs orateurs se succédant pour défendre des salves d'amendements.

>> Réforme des retraites: Quels sont les points débattus à l'Assemblée?

Rejetant toute «leçon» de la droite, la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine a affirmé que «l'allongement modéré de la durée de cotisation, parce que l'espérance de vie s'allonge, était plus juste que le report de l'âge légal, qui ferait porter l'effort sur ceux qui ont commencé à travailler jeunes».

Porte-parole des députés socialistes sur cette réforme, Christian Paul a assuré que «pour beaucoup de Français concernés par cette réforme la vie réelle au travail n'atteindra pas 43 ans» compte tenu des mesures pour prendre en compte la pénibilité, la situation de femmes ou de jeunes. Il a été «missionné pour tenter de rassurer l'aile gauche du PS et le Front de Gauche», a lancé l'UMP Arnaud Robinet.

«Cadeau empoisonné», pour Wauquiez

Insistant sur «des cas très divers», le rapporteur du projet de loi Michel Issindou s'est demandé «si l'âge légal a un sens» en conséquence car «on pourrait avoir un schéma de retraite où 43 annuités seraient suffisantes». «Sous l'emballage, il y a un cadeau empoisonné. Vous maintenez la fiction de l'âge légal pour des raisons politiques mais en allongeant la durée de cotisation personne ne pourra partir avec une retraite correcte à l'âge légal», a rétorqué l'UMP Laurent Wauquiez.

A l'offensive contre «une mesure anti-sociale» et «dans la droite ligne des gouvernements de droite», les élus communistes ont affirmé qu'elle ne «règle rien puisque les économies éventuelles pour l'assurance vieillesse se feront au détriment de l'assurance chômage et de l'assurance maladie», car le nombre de seniors au chômage notamment augmentera, et défendu d'autres financements avec «un autre partage des richesses».

La droite a plaidé, entre autres, pour un nouveau report de l'âge légal à 65 ans et une remise en cause des régimes spéciaux.