Affaire Fiona: Faut-il encadrer les appels à la peine de mort sur les réseaux sociaux?

SOCIÉTÉ usieurs pages Facebook appellent à l’exécution de Cécile Bourgeon et de son compagnon. Et posent la question de la limite entre liberté d'expression et incitation à la violence...

Enora Ollivier

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Des mots, des fleurs et des peluches ont été déposés devant l'immeuble de Clermont-Ferrand où habitait Fiona, 5 ans, qui serait décédée en mai. Photo prise le 29 septembre 2013.

Des mots, des fleurs et des peluches ont été déposés devant l'immeuble de Clermont-Ferrand où habitait Fiona, 5 ans, qui serait décédée en mai. Photo prise le 29 septembre 2013. — THIERRY ZOCCOLAN / AFP

Les mots sont parfois violents, toujours sans appel. Quelques jours après les aveux de la mère de Fiona, qui a expliqué que sa fille portée disparue était en fait décédée, la mobilisation a changé de visage pour se  transformer en tribunal populaire en ligne.

Sur Facebook, ils sont des milliers à demander une peine de prison lourde pour Cécile Bourgeon, quand ils n’appellent pas à l’exécution de la jeune femme et de son conjoint. La page «la peine de mort pour la mère et le beau-père de la petite Fiona» a recueilli plus de 50.000 «like». Une deuxième, qui a élaboré un montage associant la jeune femme et un nœud coulant, a récolté près de 19.000 soutiens avant d’être supprimée ce lundi après-midi. Contacté par 20 Minutes, l’administrateur de la page la plus «aimée» n’avait pas, lundi après-midi, répondu à nos sollicitations.

«Mouvement de vengeance»

«Chaque fois qu’il y a des crimes contre des enfants, il y a une recrudescence» des appels au retour à la peine de mort, remarque William Goldberg, co-animateur du groupe de travail pour l’abolition universelle de la peine capitale à la Ligue des droits de l’homme (LDH). Ce dernier évoque des personnes «xénophobes» qui sont «emportées dans un mouvement de vengeance». Mais qui «vont se calmer» quand le fait divers aura quitté les antennes et les journaux.

Le phénomène n’est pas nouveau selon lui mais les réseaux sociaux agissent comme une «caisse de résonnance», où il est «facile» de donner son avis. La LDH surveille «évidemment» ces propos en ligne et va réfléchir à la pertinence de poursuites judiciaires concernant certains messages.

«Incitation à commettre un crime»

Car des déclarations sont pénalement répréhensibles. Sur les pages Facebook créées après les aveux de Cécile Bourgeon et de son compagnon, les injures et les appels au meurtre fleurissent. Nathalie Roze, avocate au barreau de Paris, pointe notamment un post datant de vendredi dernier, invitant les codétenus de la mère et du beau-père de Fiona à leur «régler leur compte».

«Il y a là très clairement une incitation à la violence et une incitation à commettre un crime», relève l’avocate qui estime que le parquet pourrait très bien se saisir pour «trouble à l’ordre public». L’auteur du message, lui, encourt 5 ans de prison et 45.000 euros d’amende.

En revanche, «le simple fait de militer pour le retour de la peine de mort relève de la liberté d’expression et ne tombe pas sous le coup d’une infraction pénale». La teneur des écrits est donc de la responsabilité de chacun. Facebook, de son côté, exerce un contrôle en retirant des contenus en cas de «risque de blessures, menace directe pour la sécurité du public» ou «menace d’autrui» et «organisation d’actes de violence».

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