Un tricheur italien de "stud poker" d'un casino cannois portait des lentilles de contact infrarouges pour lire des cartes truquées: ce stratagème ultra-sophistiqué l'a conduit avec six autres personnes devant la justice.
Un tricheur italien de "stud poker" d'un casino cannois portait des lentilles de contact infrarouges pour lire des cartes truquées: ce stratagème ultra-sophistiqué l'a conduit avec six autres personnes devant la justice. - Valery Hache AFP

© 2013 AFP

Le premier prévenu entendu lundi en ouverture du procès de l'ancienne équipe dirigeante du cercle Wagram a évoqué une époque où des enveloppes contenant des sommes colossales en liquide sortaient, à jet continu, de l'établissement de jeu, en toute illégalité.

Repéré par un signalement à Tracfin, la cellule de renseignement financier du ministère des Finances, cet ancien employé du cercle Wagram a été le premier maillon de la chaîne, qui a permis aux enquêteurs de remonter jusqu'au parrain corse Jean-Angelo Guazzelli, présenté comme la tête pensante du système.

Cercle de jeu du XVIIe arrondissement de Paris, le cercle Wagram a été fermé en 2011. Il comptait plus de 21.000 membres au plus fort de son activité

Chez ce chef de partie (personne chargée de s'assurer du bon déroulement des jeux) qui revendiquait 1.400 euros de revenus mensuels, les policiers ont trouvé plus de 7.000 euros en liquide, avant de mettre la main sur un coffre contenant 75.000 euros, également en espèces.

Il disposait, par ailleurs, de quelques économies, principalement 227.000 euros sur son compte courant et 442.900 euros sur un contrat d'assurance-vie.

«Ça vient de mon travail», a répété à plusieurs reprises, Laurent Bastian, questionné par le président, Denis Couhé, expliquant également mener «une vie simple» pour justifier cette épargne impressionnante. Des éléments de l'enquête laissent à penser qu'outre le cercle Wagram, le prévenu arrondissait ses fins de mois en revendant du cannabis, a indiqué le président.

Sans s'étendre, M. Bastian a décrit une partie du fonctionnement du cercle, qui voyait la directrice administrative et financière en personne remettre, chaque mois, une enveloppe de billets à l'ensemble des salariés.

En Corse, «j'aurais une activité»

«Je pense qu'on le méritait. On commençait à 06H00 le soir, je finissais à 07H00 du matin», a expliqué M. Bastian.

Selon l'enquête, le système des enveloppes a également bénéficié, sous la houlette de M. Guazzelli, aux membres du gang corse dit de «La Brise de Mer», qui recevaient chacun entre 30.000 et 40.000 euros par mois provenant du cercle Wagram et du cercle Eldo, un autre cercle parisien tenu par la même équipe.

Au total, plus de dix millions d'euros auraient transité depuis les cercles vers la Corse.

Jean-Angelo Guazzelli est l'un des rares rescapés du gang de la brise de mer, nom tiré d'un bar du vieux port de Bastia. Les deux autres membres supposés actifs, selon l'enquête, dans la gestion des cercles Wagram et Eldo, ont été abattus en Corse.

Homme de taille moyenne, svelte et au port altier, il s'est présenté lundi devant le juge comme sans emploi. «Je ne peux pas quitter les Hauts-de-Seine» (sur injonction de la justice), a-t-il expliqué. «J'aurais été en Corse, j'aurais une activité.»

Il devrait être entendu en fin de semaine par le tribunal, a indiqué le président.